samedi 5 avril 2014

Méthode de la dissertation


Méthode de la dissertation

         Penser "ce n'est pas autre chose, pour l'âme, que dialoguer, s'adresser à elle-même les questions et les réponses, passant de l'affirmation à la négation. Quand elle a, soit dans un mouvement plus ou moins long, soit même dans un élan plus rapide, défini son arrêt ; que dès lors, elle demeure constante en son affirmation et ne doute plus, c'est là ce que nous posons être, chez elle, opinion. Si bien que cet acte de juger s'appelle pour moi discourir, et l'opinion, un discours exprimé, non certes devant un autre et oralement, mais silencieusement et à soi-même."
Platon, Théétète, 189e-190a 

La dissertation de philosophie est un exercice écrit qui se présente formellement ainsi : une introduction, deux ou trois parties et une conclusion. Pour le baccalauréat le sujet se présente sous la forme d’une question. Il ne s’agit pas d'y répondre affirmativement ou négativement et d'en rester là, mais de montrer pourquoi et à quelles conditions la question se pose. La dissertation est une démonstration qui doit aboutir à une définition. Sa fonction est double : montrer la capacité à raisonner et montrer la capacité à utiliser des connaissances (philosophiques ou autres). Le but est d’examiner un problème sous ses différents angles et les solutions que l’on peut lui apporter tout en critiquant ces solutions : point de vue critique sur un problème philosophique. La question peut recevoir une solution en fonction d’une problématique précise. Il s’agit de savoir quelle thèse on soutient et pourquoi, bref d’un engagement philosophique plus que d’un travail exhaustif et artificiel (faire l'inventaire de toutes les thèses possibles sur le sujet sans prendre soi-même position). Elle est donc la conversion d'une question souvent générale en un problème précis. Il est nécessaire pour cela de disposer de connaissances philosophiques, de dégager le contexte, les présupposés d’une question philosophique : la pratique de la lecture de textes philosophiques s'impose. Le but ultime est de penser par soi-même un problème philosophique, ou encore d'inventer, de créer par soi-même une solution rationnelle au problème posé par le sujet.

Pour le dire simplement, il faut montrer que la question pose problème en dégageant au moins un paradoxe du sujet, proposer une hypothèse (1ère partie) pour le résoudre puis montrer les limites de cette hypothèse, ce qui amène à en poser une autre (2ème partie), et à montrer également ses limites; ce qui amène une troisième hypothèse (3ème partie) pour laquelle il faut également montrer les limites. Trois hypothèses de lecture du sujet sont orientées par une problématique (la question qui oriente tout le devoir, qui synthétise toutes les questions étudiées dans les moments du développement).

Par définition, une question philosophique ne rencontre jamais d’accord unanime, ce n’est pas un savoir de type scientifique sur lequel un accord est possible (par exemple l'accord des scientifiques pour ne plus reconnaître Pluton comme une planète, et n'admettre dans notre système solaire que 8 planètes) ; la question dépend de celui qui la pose, elle est un point de vue (personnel mais réfléchi, justifié par des arguments) sur un problème philosophique; une question de ce type ne requiert pas de solution mais une prise de position un choix de pensée, libre, qui engage celui qui écrit, c'est-à-dire que l'on peut le reconnaître à ses paroles, ses actes. De même par exemple en politique il n’y a pas de solution mais des prises de position ou alors il n’y a plus que le destin, la fatalité, c’est nier le pouvoir de choix de l’homme, sa liberté : exemple tragique, inhumain : la solution finale de Hitler.

Rédaction
A) Préparation:
1-analyse du sujet :

Expliciter les présupposés du sujet et montrer qu’il y a au moins un paradoxe. Par exemple pour le sujet « suis-je ce que j'ai conscience d'être? » : c'est une évidence que je peux me définir comme un individu qui sait ce qu'il dit, je suis ce que j'ai conscience d'être (un être humain et non un animal seulement, en être doué de sensibilité, de réflexion; ou bien encore un homme de conviction politique, religieuse, morale, etc...); pourtant dans certaines occasions je ne me reconnais pas dans mes paroles ou mes actes (d'où le regret, le remords, la culpabilité, la honte) lorsque je m'emporte, ou plus simplement quand je rêve. Autant de situations-limites dans lesquelles je doute être ce que j'ai conscience d'être. Je ne suis donc pas qu'un être rationnel, mais je suis aussi un être de désir, de passion, d'affect. Que suis-je alors?

2-analyse des notions : définitions des termes du sujet et des notions en jeu

a) Par opposition : par exemple, l’opposition conscience/inconscient permet de cerner la signification du terme conscience comme ce qui n'est pas rêvé, mécanique, habituel ou déterminé.

b) Par comparaison, ou distinction : il est possible de trouver le sens précis d’une notion en la distinguant d’une autre qui peut en sembler proche et avec laquelle le sens commun a tendance à la confondre en faisant précisément valoir ce qui les différencie.

c) Par énumération : il peut arriver que la notion présente dans l’énoncé ait différents sens qui tous sont concernés par le sujet.

3-problématisation

Problématiser consiste à passer du sujet au problème. Le problème désigne la contradiction à partir de laquelle l’énoncé du sujet prend tout son sens. Ainsi pour le sujet : "suis-je ce que j'ai conscience d'être?" : lorsque je vote je suis ce que j'ai conscience d'être, un citoyen, i.e. un homme qui parce qu'il exerce une responsabilité en recouvre ipso facto une identité (politique ici). Pourtant lorsque je joue au football je ne suis pas ce que j'ai conscience d'être, je suis dans le jeu, dans une action qui ne permet pas de prendre du recul, sauf à sortir du jeu. Je n'en ai pas moins une identité, sociale ou communautaire si l'on veut. D'où la question de savoir alors si mon identité se définit par la conscience de mon identité (qui coïncide avec l'acte de voter) ou bien si elle se définit rétrospectivement par mes actes, ma participation à des actes ou manifestations collectives.

4-L’utilisation de références et d’exemples

Après avoir formulé la problématique et construit le plan on peut réfléchir aux références philosophiques utilisables dans telle ou telle argumentation. Le recours à la citation n’est pas absolument nécessaire. Mieux vaut comprendre l’idée soutenue par l’auteur dans tel ou tel passage que de répéter ce passage même sans l’avoir compris. Il est très important de ne pas confondre un exemple avec un argument : l’exemple illustre un argument, il ne peut en tenir lieu. Il ne démontre rien par lui-même. Schématiquement, on défend une idée par paragraphe, à l'appui d'une référence, philosophique le plus possible.

5-plan

Le développement comprend en moyenne deux à quatre parties, chacune comprenant deux ou trois sous-parties (veiller à l'équilibre). Chaque partie répond à une question (ex. : l'égalité repose-t-elle sur un critère quantitatif ou qualitatif?), et les sous-parties sont autant de sous-questions (peut-on mettre en rapport quantitatif des qualités a priori incommensurables?). Ensuite seulement peuvent être insérées des références textuelles et des exemples, qui doivent concerner les concepts impliqués par les problèmes abordés. Il faut présenter son plan sous une forme problématique en exposant les grandes lignes de son propos sous la forme d'un questionnement au style indirect. Ainsi au lieu de dire "dans un premier temps, nous allons voir que le libre arbitre est une illusion reposant sur l'ignorance de la conscience quant à ce qui détermine sa volonté" on peut écrire "dans un premier temps, nous serons amenés à mettre en question l'aptitude de la notion de libre arbitre à rendre compte de l'expérience de la liberté".

B) Réalisation
a)L’introduction

- Formuler un paradoxe : deux réponses immédiates au sujet contradictoires (affirmative et négative le plus souvent) : donner un exemple et un contre-exemple. C’est ici le seul moment de votre devoir où vous pouvez vous en tenir à des lieux communs. Il s’agit de montrer qu’il y a effectivement une contradiction justifiant le sujet. On relève le paradoxe contenu dans l’énoncé.

- Problématiser le sujet : En définissant les termes du sujet on propose plusieurs reformulation de l'énoncé (questions). Il s'agit de varier les points de vue sur le problème philosophique, de dépasser l'évidence du sens commun, de l'opinion.

- Formuler la problématique. Résumer toutes les questions en une seule afin d'orienter votre réflexion, de trouver une solution au problème, la vôtre.

- L'annonce du plan est constituée des deux ou trois reformulations du sujet (questions).

b)le développement : le principe de rédaction est le suivant : il faut défendre une idée par paragraphe.

Pour chaque partie de développement :

-introduction partielle (reformulation, précision de la question de la partie)

-une idée, un exemple(citation ou référence…)

-analyse de l'exemple en définissant les notions abordées, établissement de distinctions conceptuelles. Précision de l'énoncé, développement d'un des multiples sens du sujet tel qu'il est formulé. Un exemple ne suffit pas pour comprendre un problème philosophique, ce n'est pas un argument, il est l'exemple d'une idée qu'il faut formuler.

-limite : contre-exemple ou autre définition possible de l'énoncé tel qu'il est reformulé dans ce paragraphe (transition logique) qui montrent la nécessité rationnelle d’examiner un autre sens de la question (la transition est une question). Par conséquent, ni les parties ni les sous-parties ne doivent être interchangeables. La dissertation n’est pas une juxtaposition ni une énumération d’arguments ou de thèses.

c)la conclusion : -résumé des principales idées (I,II,III), bilan
-prise de position plus ou moins implicite, personnelle mais réfléchie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire