dimanche 24 janvier 2016

Corrigé Descartes Discours de la méthode, IV

( TSTL, STI1, STMG2 )

René DESCARTES

J'avais dès longtemps remarqué que, pour les mœurs, il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu'on sait fort incertaines, tout de même que1 si elles étaient indubitables, ainsi qu'il a été dit ci-dessus; mais, parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute afin de voir s'il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance2, qui fût entièrement indubitable. Ainsi, à cause que3 nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer. Et parce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes4, jugeant que j'étais sujet à faillir5, autant qu'aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir, quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus6 vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques7 n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.

Discours de la méthode, Quatrième partie. 1637

1Tout de même que : de même que
2Créance : croyance
3À cause que : parce que
4Paralogismes : faux raisonnements
5Faillir : se tromper
6Non plus ...que : pas plus...que
7Sceptiques : philosophes pour lesquels l'esprit humain est incapable de connaître la vérité, il ne peut que penser par opinion. Il n'y a pas de science mais seulement des opinions, relatives. On peut donc légitimement douter de tout.
8À cause que : parce que


Questions

  1. Dégager l'idée principale et les étapes de son argumentation
  2. Expliquer ce que signifie :

a) «  Ainsi, à cause que8 nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avait aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer  »

b) «  cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, »

  1. Faut-il mettre en doute son savoir pour connaître la vérité?

Corrigé :

1/ Thème : la nécessité du doute pour établir une vérité certaine

Thèse : Mettre en doute ses connaissances suppose l'existence de celui qui les met en doute. C'est le principe certain de la philosophie de Descartes

Problème : l'incertitude du fondements de nos connaissances.

Argumentation : Utilisant une comparaison avec les mœurs Descartes recherche dans l'ordre de la connaissance ou de la science, s'il y a une vérité certaine. Rejetant comme faux ce dont on peut douter, l'auteur rejette d'abord les sens, mais aussi les connaissances scientifiques acquises dans les livres, pour s'interroger sur leur caractère réel ou illusoire. N'ayant plus de critère de vérité, Descartes en découvre un, fondamental : dans l'acte de douter je découvre mon existence. Il constitue selon l'auteur le principe de sa philosophie.



2/ a. Les sens, apparemment, peuvent nous tromper : ainsi nous pouvons faire l'expérience d'une illusion d'optique. Voir un arc-en-ciel c'est apparemment voir quelque chose de réel, de fixe. Pourtant si je regarde par la fenêtre de la voiture, en roulant, un arc-en-ciel, je vois le même arc-en-ciel alors que je change constamment de point de vue. Si je fais la même chose en regardant un paysage, il change constamment parce que je change constamment de point de vue. Si je fais confiance, donc, à mes sens, pour connaître les choses, je peux être trompé. Il est prudent, alors, de trouver un autre moyen et de laisser les sens de côté pour connaître la réalité. Je peux même aller plus loin encore dans le raisonnement ou dans la prudence et supposer, par principe que tout ce que je reçois pas les sens (l'image de l'arc-en-ciel, le son du piano que j'entends, le goût de la pâtisserie que je mange...) n'a rien de commun avec les choses perçues par les sens (l'arc-en-ciel, le son du piano, le sucre ou la fleur d'oranger de la pâtisserie). Je suppose qu'il y a une différence entre ce que je perçois et ce qui est perçu ; c'est-à-dire entre, d'une part, une sensation interne qui m'affecte, me stimule, provoque des réactions organiques ou physiologiques en moi, ou dans mon corps et, d'autre part, une vibration d'onde lumineuse ou sonore...



b. Je découvre une vérité certaine, c'est-à-dire dont je ne peux pas douter. Cette vérité est à la fois une connaissance et une expérience : cela change ma façon de penser, de connaître mais aussi de vivre. C'est parce que j'ai mis en doute tout ce qui peut me tromper que je découvre, en éliminant tout ce qui est douteux, ce qui reste : mon acte de réflexion, de doute. D'une part, je connais quelque chose : « je pense donc je suis » est vrai parce qu'il est impossible d'en douter. Mais d'autre part, cette vérité n'est pas seulement théorique, elle se vit, elle s'expérimente : je ne peux plus ignorer, une fois cette vérité connue, que penser se fait toujours à la première personne, que c'est toujours singulier, unique, original et imprévisible parce que penser est une activité libre. Le « donc » de la proposition « je pense donc je suis », n'indique alors pas la conséquence mais la simultanéité. L'idée n'est pas que parce que je pense je suis, ce n'est pas automatique, ni un don qui ferait de l'homme par nature un être à part et encore moins un être meilleur que les autres. Mais cela signifie que dans l'acte de penser, il est impossible que moi qui pense je ne sois pas.

3. Faut-il mettre en doute son savoir pour connaître la vérité?  
(Introduction) Il est paradoxal de se demander s'il faut mettre en doute son savoir pour connaître la vérité car comme connaître la vérité s'il faut déjà, non seulement savoir quelque chose, mais encore le remettre en cause? Cela signifie-t-il que je sais quelque chose avant même de connaître la vérité? Quelle est la nature de ce savoir que je sais déjà? Est-ce une vérité ou seulement une opinion?
Mon savoir est-il intériorisé? Me le suis-je approprié ou bien n'est-il qu'une donnée que j'ai retenue sans la comprendre véritablement?
Si la vérité est fondée sur la raison ou si elle l'est sur la foi, faut-il la mettre en doute avec la même rigueur dans les deux cas? S'agit-il alors d'un veritable savoir ou d'un faux savoir?
(Première partie) Il faut mettre en doute son savoir si celui-ci n'est pas réfléchi, mais relève de l'opinion, car cela nous empêche de connaître la vérité : les opinions sont des habitudes de pensées contre lesquelles nous devons lutter pour nous libérer de leur emprise. Ainsi, Russell, défend l'idée que vivre sans philosophie revient à vivre avec des habitudes de pensée, dans un monde fermé, non libre. (cf corrigé du texte : ici)
Transition : Pourtant, notre savoir, même réfléchi, peut être faux : c'est la raison pour laquelle la science connaît des revolutions scientifiques et non un développement continu et ininterrompu.
(Deuxième partie) Même notre savoir réfléchi, la connaissance sensible, nos connaissances scientifiques, celles que nous avons apprises dans les livres en faisant confiance à leur auteur, doit être questionné, interrogé. En quoi est-il certain ce savoir? Descartes, dans le Discours de la méthode, propose alors comme critère de la vérité, le cogito. Car, dans l'acte de douter, de mettre en doute mon savoir, je découvre une première vérité certaine et fondamentale : il est impossible que je n'existe pas dans cet acte de douter. C'est donc en mettant en doute mon savoir que je peux découvrir la vérité. Cette vérité est métaphysique car elle suppose que notre esprit fasse abstraction des sens, et qu'il pense les choses auxquelles il s'applique par l'idée qu'il en a et non pas par leur image.
(Conclusion)S'il semble nécessaire de mettre en doute ses opinions pour connaître la vérité cela ne suffit pas pour autant. Car, même nos connaissances les plus certaines en apparence, celles que l'on a coutume d'admettre parce qu'on fait confiance à leur auteur, ne sont pas si certaine qu'elles le semblent. Il faut donc mettre en doute nos connaissances pour connaître la vérité métaphysique du cogito.

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