samedi 16 janvier 2016

Corrigé d'explication de texte : Nietzsche, Gai Savoir, § 354




"La conscience n’est qu’un réseau de communications entre hommes ; c’est en cette seule qualité qu’elle a été forcée de se développer : l’homme qui vivait solitaire, en bête de proie, aurait pu s’en passer. Si nos actions, pensées, sentiments et mouvements parviennent — du moins en partie — à la surface de notre conscience, c’est le résultat d’une terrible nécessité qui a longtemps dominé l’homme, le plus menacé des animaux : il avait besoin de secours et de protection, il avait besoin de son semblable, il était obligé de savoir dire ce besoin, de savoir se rendre intelligible ; et pour tout cela, en premier lieu, il fallait qu’il eût une "conscience", qu’il "sût" lui- même ce qui lui manquait, qu’il "sût" ce qu’il sentait, qu’il "sût" ce qu’il pensait. Car comme toute créature vivante, l’homme pense constamment, mais il l’ignore. La pensée qui devient consciente ne représente que la partie la plus infime, disons la plus superficielle, la plus mauvaise, de tout ce qu’il pense : car il n’y a que cette pensée qui s’exprime en paroles, c’est-à-dire en signes d’échanges, ce qui révèle l’origine même de la conscience."


Nietzsche, Le Gai Savoir, §354



Introduction




Nietzsche traite ici du thème de la caractérisation de la conscience et cherche à déterminer les causes et l'origine de la conscience (question philosophique du texte). Il défend la thèse selon laquelle la conscience se réduit à un réseau de communication entre les hommes. (thèse du texte). Le problème philosophique est celui de la spécificité de la conscience humaine. Après avoir énoncé la thèse selon laquelle le besoin de communication de l'homme est l'origine et la cause du développement de la conscience (1), l'auteur répond à deux objections qu'il anticipe lui-même : la première revendiquant que nos pensées, sentiments et actions soient conscientes (2), la seconde rejetant l'argument des intermittences de la conscience (3). (Mouvement du texte) Nous tenterons de déterminer si cette caractérisation de la conscience du point de vue anthropologique peut légitimement exclure une origine individuelle de la pensée, celle d'un sujet. (Problématique ou question de l'explication de texte)



Développement




(1) Nietzsche caractérise d'emblée la conscience comme « un réseau de communication entre hommes ». L'auteur s'intéresse moins à ce qu'est la conscience qu'à la manière dont elle est apparue c'est-à-dire par laquelle elle a émergé, à son origine. Il est donc question de la genèse de la conscience. Cette dernière s'est développée en l'homme non pas par la grâce d'une transcendance, d'un Dieu créateur du Monde et de l'Homme, mais par une nécessité vitale. L'enjeu du texte est donc la remise en cause d'une spécificité de la conscience de l'homme : il s'agit de déterminer si elle est ce qui fait de lui un être singulier et si cet être a un statut privilégié parmi les créatures vivantes, parmi les animaux. Est-il un animal parmi d'autres différents de lui ou bien est-il d'une nature différente qui justifierait qu'il se plaçât au-dessus du règne animal ou du moins hors de celui-ci? La conscience est-elle cette particularité qui fait sortir l'homme de la nature, qui l'en extrait pour lui donner les moyens de la dominer? Nietzsche défend, en effet, une conception de la pensée fondée non pas sur la raison mais sur un principe plus originaire qu'il nous faut interroger ici. Qu'y a-t-il de plus originaire que la raison ou la conscience réfléchie?


Force est de constater d'abord que l'auteur traite la conscience comme une propriété de l'homme et non d'un individu qui serait sinon maître du moins l'auteur de ses pensées conscientes. Ce point de vue anthropologique s'attaque, sur un ton polémique, aux conceptions idéalistes ou rationalistes de la conscience. La forme de l'aphorisme, en effet, a pour fonction polémique de combattre l'opinion ou la thèse adverse. L'aphorisme n'est ni un ensemble systématique et cohérent ni même un ensemble unifié par un seul thème sur lequel on répèterait la même thèse. Au contraire, cette forme d'écriture est propre à un style de pensée qui cherche à expérimenter, à ouvrir des perspectives, des manières de voir ou de penser différentes, qui peuvent donc être complémentaires sur un thème. Cette forme est très éloignée de la démonstration ou du traité qui vise à rassembler les acquis et résultats des raisonnements.


En résumé, l'aphorisme propose une interprétation d'un problème philosophique, d'une réalité dont le sens n'est pas évident : ici celui de la spécificité de la conscience humaine, entendue au sens générique de conscience de l'homme. Qu'a-t-elle de spécifique? Elle n'est ni un don de Dieu, qui ferait de l'homme un être supérieur à l'animal de nature, ni le fruit du hasard, qui ferait de l'homme un accident de la nature. Mais c'est bien dans cette nature que l'on trouve la cause et l'origine du développement de la conscience des hommes.


Car, non seulement la conscience est comprise comme une activité de mise en relation des hommes entre eux, mais plus encore elle s'y réduit. La conscience n'est pas une propriété anarchique ni une substance pensante isolée des autres hommes qui pourraient expérimenter, dans la tranquillité de la méditation métaphysique, la plus grande certitude que découvre Descartes dans le « cogito ». Dans l'acte de penser par moi-même je ne suis jamais seul, cet acte a pour origine un besoin vital. Nietzsche refuse en effet de considérer l'idée même d'une conscience individuelle, subjective. Il y a toujours quelque chose derrière et non dessous le sujet : une force, une impulsion qui le pousse à penser. La racine latine de sujet (sub : sous / jactus : jeté) se pense philosophiquement avec la notion de la substance (sub : sous / stare : rester) nous invitant à considérer l'idée de quelque chose qui reste sous la chose, par laquelle elle a une identité c'est-à-dire d'abord une permanence dans la réalité. Du point de vue nietzschéen, même lorsque je fais de la métaphysique je réponds à un besoin profond et non conscient de communication. Nous retrouvons alors la définition platonicienne de l'âme comme dialogue silencieux de l'âme avec elle-même ( cf. Timée). S'il y a dialogue c'est bien qu'il y a besoin de communication, de confrontation de sa pensée à une autre pensée. Mais Nietzsche pousse la radicalité ou l'origine de la conscience plus loin encore : il y a quelque chose qui pousse l'homme à développer la conscience, et non sa conscience. Celle-ci ne lui appartient pas, elle n'est qu'une manière de vivre avec les autres.


Pourquoi l'homme alors ne vit-il pas seul, en bête de proie? Parce qu'il ne le peut, il n'est pas assez doté par la nature en force pour lutter contre ses prédateurs. Il ne peut survivre dans la nature seul. Cette prise de conscience, selon l'auteur, n'a rien d'individuel ou de personnel. Nietzsche nous invite donc à penser la conscience non comme ce qui scande les moments d'une histoire personnelle mais comme un processus dans l'espèce humaine, un mécanisme de défense au niveau spécifique (de l'espèce - species en latin). Faut-il pour cela recourir à la fiction de l'état de nature comme le font les penseurs contractualistes tel Rousseau qui pense l'état de société à partir du modèle théorique (et non historique) de l'état de nature (cf. Second discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes )? Faut-il au contraire s'appuyer sur la théorie darwinienne de l'évolution, publiée en 1859 (Charles Darwin, L'Origine des espèces), quelques décennies auparavant? Ni l'un ni l'autre, à notre sens, il semble que l'idée d'une nécessité vitale suffise à expliquer la thèse de Nietzsche. Mais le statut de cette nécessité vitale ne semble pas déterminé clairement.


Donc, la conscience n'est pas ce qui isole les hommes les uns des autres mais ce qui les rassemble malgré qu'ils en aient et sans qu'ils en aient conscience individuellement. C'est bien au contraire parce qu'ils vivent ensemble, poussés par la nécessité vitale de survivre contre l'adversité de la nature, qu'ils sont ou deviennent conscients. La conscience n'est pas originaire, première : rien ne sert de s'en enorgueillir. Elle n'est qu'un épiphénomène, une conséquence d'une nécessité beaucoup plus originaire : survivre. L'origine de la conscience est donc organique, et non transcendante ou divine.


(2) Comment rendre compte alors du fait que nous pouvons penser consciemment? Que faire de ces pensées, sentiments et mouvements conscients? Sont-ils des illusions, des fictions pour autant? Non mais ils ne sont pas d'abord personnels ou subjectifs, ils ne sont que le résultat d'une nécessité antérieure et spécifique. La pensée consciente n'est pas ce qui fait de l'homme un être plus élevé que les autres créatures naturelles. Y a-t-il pour autant un mépris de l'homme ou une valorisation d'une autre espèce que celle des hommes? Non, mais ce n'est pas cela qui fait de l'homme un être singulier, une espèce singulière. Qu'est-ce alors? C'est le fait que d'un besoin de protection naisse la conscience comme moyen de défense de l'espèce humaine. La conscience est donc le résultat d'une nécessité, d'une contrainte, d'un rapport de force auquel l'homme est soumis par nature : le danger de mort dont le risque est démultiplié par la solitude.


Cette nécessité pousse l'homme à savoir ce qui lui manque - un moyen efficace et durable de protection contre les dangers de la nature - à savoir ce qu'il sent – la chaleur du soleil brûlant ou le froid de la bise hivernale - ce qu'il pense – ses jugements ou raisonnements, rationnels (toute connaissance scientifique) ou même irrationnels (une croyance religieuse, une superstition). Mais cette réflexivité de la conscience n'est pas un premier pas originaire qui rend l'homme responsable de lui-même, de ses actes, de ses pensées et de ses sentiments ; elle n'est que la conséquence d'un besoin vital de communiquer avec les autres hommes dans le but de survivre individuellement d'abord, mais aussi, finalement spécifiquement (sur le plan de l'espèce humaine). Ses actes ne sont pas donc pas intelligibles en eux-mêmes, il semble donc vain d'en chercher le sens, la signification, de les interpréter en somme. Il faut bien plutôt faire la généalogie de ces actes et identifier le besoin vital qui les rend possibles, qui en est l'origine. De même pour ses sentiments et ses pensées. Ce n'est pas moi qui agis, ni qui sens ni qui pense ; il n'y a pas de sujet fondamental et absolu de l'action, ni des sentiments ni de la pensée. Car lorsque j'agis, sens ou pense je suis d'abord comme happé par un besoin immanent de protection : je n'en ai pas conscience mais je cherche sans le savoir à me protéger – et en cela je suis semblable à tout homme ; mais j'ignore cela. J'ai l'illusion que d'être maître de mes actes, de mes sentiments, d'être responsable de mes pensées or, selon l'auteur, je suis d'abord une créature vivante.



(3) Par conséquent, ces trois manifestations d'apparence subjective sont d'abord organiques, des phénomènes du vivant que je suis individuellement certes, mais surtout que l'homme est. Le fait donc qu'il y ait des intermittences de la conscience n'est pas un problème puisque la pensée consciente, responsable d'elle-même n'est pas première : « L'homme pense constamment mais il l'ignore ». La pensée n'est donc pas essentiellement réflexive, consciente. Si la conscience est « savoir-avec » (« cum-scientia ») c'est au sens où elle suppose, elle est rendue possible par la communication avec les autres hommes, non pas parce qu'elle est réfléchie. L'homme sait avec les autres, seul il ne pense pas. Ce n'est pas à dire qu'il ne pense qu'en exprimant aux autres ce qu'il pense, c'est en amont parce qu'il a besoin des autres qu'il exprime aux autres ce qu'il pense ou sent. Il y a donc ici une forme de pensée, spécifique (propre à l'espèce humaine) qui s'ignore elle-même. Ce n'est pas moi qui pense ce que je pense, mais ça pense en moi, ou mieux encore ça pense en l'homme.


Comment comprendre cette double difficulté d'une pensée qui n'est ni subjective – celle d'un moi pensant – ni consciente – celle d'une conscience réfléchie? Que faire même de cette partie de la pensée qui devient consciente si elle n'a plus la valeur qu'on lui confère traditionnellement d'élévation de l'âme? Elle est selon l'auteur la partie la plus infime de tout ce qu'il pense au sens où elle n'est que la conséquence d'une réalité humaine beaucoup plus urgente et vitale. Elle en est la partie la plus superficielle car elle cache l'essentiel qu'est ce besoin de protection de l'homme (et non de ma protection seulement). Elle est enfin la partie la plus mauvaise car elle est inutile à la vie, inapte à protéger l'homme du danger ; elle n'en est que le moyen. Elle n'est pas mauvaise au sens moral du terme, la morale n'étant d'ailleurs qu'un moyen artificiel de domestiquer l'homme par de fausses valeurs. Considérer donc la pensée consciente comme ce qui définit l'homme revient à inverser les apparences et la nature profonde des choses, de ce qu'est l'homme. Peu importe le contenu du discours, des paroles échangées : le fait même de parler, d'échanger des signes ou de communiquer révèle l'origine de la conscience. Celle-ci est le résultat de l'adaptation, non pas tant de l'individu que de l'espèce humaine à la vie. L'origine de la conscience c'est la vie, elle est donc organique et non divine.


Quand bien même mes propos m'appartiennent, sont inventés par moi, ils sont toujours possibles parce qu'en moi travaillent en quelque sorte un besoin spécifique de protection, un instinct collectif de survie. Je ne suis donc jamais celui que je pense, je ne peux fixer mon identité personnelle ni même l'identité spécifique de l'homme. Au mieux puis-je caractériser l'origine de la conscience de l'homme. Le langage comme phénomène de communication porte en lui-même la marque, l'empreinte de son origine : si l'homme échange des signes dans le langage c'est que cet échange est d'abord et avant tout la conséquence d'un besoin, ce n'est pas un moyen d'une fin transcendante, un moyen pour l'homme de se dépasser lui-même, de se rendre semblable à Dieu, ni de devenir autre que lui-même. Le langage n'a pas de fin extérieure à lui-même, il a en lui-même sa propre fin : servir de moyen de protection pour l'homme, indifféremment du contenu des propos exprimés. Il y a seulement simultanéité du développement de la conscience et de celui du langage.


La communication n'est pas ici l'échange artificiel et anecdotique de signes, elle est tout au contraire ce qu'il y a de plus essentiel, de plus urgent et de plus profond en l'homme. Elle conditionne la conscience même. Le langage en ce sens précède la pensée : du besoin de communiquer naît la conscience. Contrairement à la conception philosophique du langage comme instrument de la pensée, l'auteur considère la pensée comme secondaire par rapport au langage, entendu comme communication, faculté d'échanger : cette faculté est l'origine de toutes les facultés humaines. Parce que l'homme s'adapte à la nature, aux dangers qu'il doit affronter, alors il développe le langage. La pensée, plus encore la pensée consciente n'est pas et ne peut être première, principe de l'existence humaine. Ce qui commande et est à l'origine de la vie humaine c'est le besoin des autres.


La conscience n'est donc en rien d'une plus grande valeur que le langage, elle ne le détermine pas. La conscience de soi quant à elle n'est possible que parce qu'il y a toujours d'abord communication des consciences. De fait, l'homme qui vit seul ne peut apprendre à parler, tel l'Enfant sauvage décrit par Lucien Malson. Nietzsche rejette donc toute conception idéaliste ou subjective de la conscience.



 Critique

 

Pourtant, la conscience de soi n'est-elle pas irréductible à la vie comme phénomène organique et spécifique : dans l'acte de comprendre, qu'y a-t-il de communicable? Quel signe linguistique me permettrait d'échanger la compréhension que j'ai d'un théorème mathématique comme celui de Fermat ou bien d'une loi de physique comme celle de la relativité générale d'Einstein? N'est-ce pas réduire le savoir à ce qui lui est associé : un état d'esprit? Est-ce le corps, le cerveau qui pense? Nietzsche semble en effet réduire la pensée à un phénomène organique seulement, une propriété spécifique d'un vivant singulier : l'homme. Il caractérise anthropologiquement la conscience comme force de vie et non comme activité spéculative, théorique pure. D'où la primauté accordée au corps et non à l'esprit. Paradoxalement c'est parce qu'il est un animal social que l'homme développe la conscience de soi et non l'inverse. On voit alors toute l'inutilité d'une entreprise de moralisation politique : faire la morale est nécessairement une entreprise vouée à l'échec puisqu'elle ne s'adresse pas à l'homme dans ce qu'il a de plus essentiel mais dans ce qu'il a de plus superficiel. Faire la morale c'est empêcher ou du moins dispenser de comprendre par soi-même. Mais justement n'y a-t-il pas dans la thèse nietzschéenne une incapacité à saisir ce qu'est la compréhension intelligente, subjective. L'acte de comprendre par soi-même a-t-il une origine spécifique? Nietzsche ne semble pas pouvoir rendre compte d'une communication collective, positive ou effective, des consciences qui se donnerait un projet politique, esthétique ou moral par exemple. Que dire même d'une philosophie, fût-elle celle de Nietzsche elle-même. La comprendre reviendrait à s'oublier soi-même, à renoncer à distinguer dans la pensée consciente un sujet et un objet : on voit mal alors comment éviter la pensée irrationnelle et quelle spécificité la philosophie garde vis-à-vis de la poésie ou plus généralement de la littérature.



Conclusion




Face au problème de la spécificité de la conscience de l'homme Nietzsche défend la thèse selon laquelle la conscience se réduit à un réseau de communication entre hommes. Refusant le primat de l'esprit sur le corps des philosophies idéalistes et celui du sujet sur l'objet des philosophies dites du sujet, l'auteur avance l'idée que le langage en tant que faculté d'échange de signes révèle l'origine de la conscience. Si le langage s'est développé en l'homme c'est que le besoin vital de communiquer l'a poussé en ce sens. Mû par un instinct collectif, inconscient de lui-même par définition, déterminé par l'espèce humaine, le langage a pour fonction d'être utile à la vie par la conscience. La conscience n'est pas autonome et ne peut se définir sans référence à autre chose qu'elle-même : ce dont elle croit se servir comme un instrument, le langage, est en fait ce qui la détermine ; de même ce qu'elle croit maîtriser bien mieux que ne le font les animaux, la vie, est au contraire ce qui la détermine profondément.

Toutefois (Thèse de l'explication de texte) il nous semble que l'acte de comprendre ne peut être que celui d'un sujet singulier, réfléchi et conscient, autonome, indépendant des causes ou motifs qui le poussent à comprendre. Le résultat des motifs de la compréhension peut de ce point de vue changer non pas seulement les idées, les arguments, ni même seulement les sentiments ou affects de celui qui pense, mais il peut changer celui-là même qui pense : ce que d'aucuns nomment une conversion ne change pas la nature de l'homme. Si dans chacun de mes actes toute l'humanité est présente c'est selon Nietzsche en terme de condition de possibilité constante, permanente et non comme une possibilité ou un idéal qu'il peut réaliser. Le devenir de l'homme est, de son point de vue,tout entier contenu dans l'origine de la conscience, à savoir le besoin vital qui le pousse à penser consciemment. Or la compréhension nous semble au contraire toujours conditionnée par un sujet capable de s'abstraire de la vie en tant que phénomène organique, de se concentrer positivement sur l'objet de sa pensée. Si cette pensée peut être celle de tout homme c'est bien parce qu'elle est universelle en elle-même, universellement intelligible, et non parce qu'elle a une même origine, une condition de possibilité commune. La communication des consciences nous semble au contraire exiger une universalité des idées comme condition de possibilité.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire