jeudi 24 mars 2016

la religion peut-elle fonder l'Etat?

Introduction


On peut aisément imaginer une complémentarité dans la société entre la religion et l'Etat, chacun y remplissant alors un rôle distinct : celui de la foi et celui de la pratique, de la vie quotidienne. Il est possible, plus encore, que la société attribue une plus grande valeur à la fonction de la religion qu'à celle de l'Etat : la vie spirituelle l'emporterait ainsi sur la vie temporelle. La question devient ici celle de la légitimité morale du fondement religieux de l'Etat. Toutefois, la religion est source de conflits, voire iconoclaste à l'origine. Ces conflits peuvent avoir lieu entre religions différentes ou entre sectes d'une même religion, ou bien encore entre une religion et l'athéisme. Or, si l'Etat vise à assurer la sécurité et la paix de la société qu'il administre, peut-il admettre en son fondement  une institution productrice d'antagonismes, de conflits. Il faut sans doute envisager la nature ou la forme de la société concernée pour distinguer ou établir des critères d'établissement de l'Etat sur la religion.
La religion peut-elle donc fonder l'Etat politiquement? Elle devrait alors orienter l'exercice du pouvoir politique.
La religion peut-elle fonder théoriquement l'Etat? Elle doit alors défendre une conception de l'Etat (absolutiste, libérale, républicaine...)
L'intérêt spirituel et temporel de la religion s'opposant à l'intérêt général comment la religion peut-elle fonder l'Etat?

Quelques arguments possibles pour traiter le sujet :


*Hobbes défend une conception absolutiste de l'Etat, dans le Léviathan (1651), fondant celui-ci sur une droit religieux.

*Or c'est ne pas tenir compte de la réalité du pouvoir que de se concentrer sur son fondement théorique : Machiavel, dans les discours sur la première décade de Tite-Live, affronte la question de l'habileté du Prince à conserver le pouvoir - qu'il soit juste, bon ou non. Le fondement de l'Etat implique la considération, ici, de son mode de gouvernement. Tirant des leçons de l'histoire, Machiavel s'en tient à un raisonnement pragmatique (est vrai ce qui se vérifie dans la pratique, "ce qui marche") et force est de constater que, par exemple, l'Eglise de Rome (la religion chrétienne du XVIème siècle), historiquement, est cause du malheur, de l'instabilité de l'Italie. De plus, Machiavel place la Raison d'Etat au-dessus de la liberté individuelle.

*Or,  faut-il renoncer à la liberté individuelle pour fonder l'Etat? L'on peut objecter ici que la liberté individuelle est nécessaire comme principe d'un Etat légitime, sans quoi l'on pourrait justifier un mode de gouvernement injuste, fondé sur la dissimulation, la manipulation. Le conflit devient moral.

*Les théoriciens du Contrat naturel (Rousseau, Hobbes, Locke) cherchent en un sens à trouver un fondement théorique de l'Etat, fût-ce à l'aide d'une fiction - l'état de nature- utilisée comme modèle pour penser la société. Si Locke cherche à fonder un Etat libéral, Hobbes une monarchie absolutiste, Rousseau défend une République qui n'exclut pas pour autant la religion.
Dans le Contrat social (IV, 8) il montre que la religiosité n'est pas nécessairement exclue de la pratique des institutions de l'Etat : la religion civile a pour fonction de conférer un caractère sacré à des institutions qui ne le sont pas car elles procèdent d'une convention. Elle comprend un petit nombre de dogmes positifs : la croyance en l'existence d'une divinité puissante et bienveillante ; le châtiment pour les méchants et la justice pour les meilleurs est une juste récompense ; ne rien proscrire si ce n'est l'intolérance.

*Mais la religion civile ne peut fonder l'Etat : seule la volonté générale le peut. Au mieux, la religion peut servir de moyen en vue d'une fin, mais non de fondement pour l'Etat.

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