jeudi 2 juin 2016

Prendre conscience est-ce dire non? Corrigé de dissertation



INTRODUCTION

Prendre conscience d'une injustice pour un homme courageux c'est se révolter, manifester son désaccord, quitte à prendre les armes contre Troie pour les yeux d'Hélène ou à accepter une sentence injuste au péril de sa vie, tel Socrate mettant ses juges face à leur injustice (Platon, Apologie de Socrate). Pourtant la prise de conscience se manifeste aussi par une affirmation, sinon de soi, du moins de ce dont on a pris conscience : j'affirme que je suis assis, je prends conscience de ma posture corporelle dès lors que j'impose entre moi et mon corps une distance - celle de la conscience. On voit alors émerger le problème que pose une prise de conscience qui se caractérise par le refus d'une évidence sensible, sans que je sache pour autant que je sais. La sensation d'une odeur de rose ne suscite pas nécessairement une réflexion sur l'odeur de rose ; elle suscite bien plutôt des images, des émotions, des affects, voire des œuvres d'art (Ronsard). Faut-il en conclure que prendre conscience c'est résister à une représentation habituelle ou passée pour lui en substituer une autre? Qu'en est-il enfin de celui ou de ce qui prend conscience négativement i.e. par un discours négatif? Ces deux points de vue, de celui qui prend conscience et de ce dont on prend conscience se caractérisent-ils par un refus, une négation ou une opposition à autre chose qu'eux-mêmes? Si cette prise de conscience est négative, a-t-elle de surcroît une autonomie ou bien n'est-elle que le négatif, l'envers ou le reflet d'une attitude plus originaire?




Première partie

I Prendre conscience c'est dire non, c'est s'opposer, d'une part, à soi sans réflexion ni volonté et, d'autre part, à ses désirs par la volonté dans le présent toujours renouvelé.

1) Si prendre conscience c'est se sentir, être attentif aux sensations interne, cela revient alors à s'opposer à soi sans réflexion ni volonté.

Prendre conscience de ma posture assise c'est constater par contact ou contiguïté la correspondance entre mon sentiment interne – le poids de mon corps ne repose plus sur mes jambes comme lorsque je suis debout– et la réalité – je suis effectivement assis. Cette prise de conscience n'exige aucune compréhension ni aucune réflexion : je sens que je suis assis. Qu'est-ce que prendre conscience de cela? C'est sentir un état physique subjectivement, différencier mes états corporels. La prise de conscience nécessite du moins un arrêt du cours habituel de mes sensations. Je ne peux à la fois être assis et sentir que je suis assis. Sentir n'est pas un état mais déjà un état de conscience. Prendre conscience de ma posture revient donc à savoir quelle elle est. Je m'oppose alors à moi-même, je me place face à moi-même : c'est un événement et non un fait. Est-il possible de ne pas en prendre conscience? Si l'on en croit Sénèque dans De la brièveté de la vie, tel est le cas de l'homme affairé (occupati) qui s'oppose ainsi aux hommes de loisirs (otiosi), eux qui jouissent de l'otium (loisir opposé au negotium, temps consacré aux affaires), de la retraite. Ceux-ci s'exemptent des responsabilités politiques, cultive leur liberté intérieure sans pour autant être passifs, paresseux ni inertes. Ce sont les conditions de l'exercice de l'esprit. Ces deux catégories d'hommes se distinguent par leur désir de dilution pour les uns (occupati) et de concentration pour les autres (otiosi). Les premiers ne peuvent pratiquer aucune activité véritable, les seconds en sont capables au contraire.

« Il y a loisir (otium) quand on a conscience du loisir ; mais il n'est qu'à demi-vivant cet homme qui, pour prendre conscience de la posture de son propre corps, a besoin qu'on la lui indique. Comment pareil homme pourrait-il être le maître d'un seul instant de sa vie? » (op.cit.)

Ainsi, les hommes affairés, « occupati » sont-ils toujours occupés à autre chose, saturés par d'autres sensations. Ils s'opposent aux « otiosi », aux hommes . A moins de les imiter, je suis capable de prendre conscience de ma posture au sens où je peux me repérer dans l'espace, dans le monde qui m'entoure, dans le monde réel soumis aux lois de la physique hic et nunc (ici et maintenant). Dire non ici c'est se poser face à soi-même de manière abstraite mais sans volonté ni réflexion. Contempler ma posture assise relèverait d'un narcissisme pathologique, paralysant celui qui s'y adonnerait. Dire non semble alors vide de sens.

Or, d'une part, je ne vis pas seul et cela me rappelle, malgré que j'en aie, aux affaires (le temps du negotium -négoce) ou à moi-même (mes pensées pour peu que je sois capable de me concentrer). D'autre part, je suis capable de réfléchir et de vouloir mes actes, de suivre mes désirs ou l'ordre du monde.



2) Prendre conscience c'est s'opposer à ses désirs par la volonté : prendre conscience est un acte volontaire d'un homme qui prend du recul par rapport à son quotidien, à ses habitudes. La prise de conscience est un moment volontaire, mais elle moins le résultat du désir de connaître, naturel à tout homme (Aristote, Métaphysique, A, 1) que la conséquence de la morale stoïcienne, morale du devoir (Cicéron, De Officiis). Prendre conscience revient alors à s'opposer à ses désirs par la force de la volonté. Il s'agit d'une violence qu'on se fait à soi-même : résister à la douleur du corps suppose qu'on distingue l'âme du corps.

Ainsi, la prise de conscience est un instant abstrait, or nous vivons dans le temps : du passé nous nous dirigeons malgré nous vers un futur funeste, niant plus ou moins consciemment et volontairement le présent. Etre homme c'est au moins disposer de soi, de son propre corps, à tel point que je peux prendre le dessus sur lui, sur ses productions pour ainsi dire : sur mes désirs donc. Prendre conscience c'est se représenter ses désirs et ipso facto (de ce fait même) les suspendre, les arrêter. Par ma volonté je peux les neutraliser : combat incessant d'une âme volontaire contre ses désirs. Prendre conscience c'est être vigilant, en éveil face à ses propres désirs. Vivre signifie alors se représenter ses affects ce qui revient à les maîtriser. Ainsi je peux me libérer de l'emprise de mes désirs sur moi. Dans quelle temporalité puis-je vivre alors? Non pas le passé - certain et révolu – ni l'avenir – qui ne suscite que l'attente et qui m'oblige à différer de faire quelque chose ou pire d'être moi-même. Seul reste un présent suspensif dans lequel je ne connais aucun trouble du corps (aponie) – je suspends mes désirs, mes appétits organiques, causes de toutes mes souffrances- ni aucun trouble de l'âme (ataraxie) et ipso facto je connais la tranquillité de l'âme, le bonheur en somme, état durable de satisfaction parfaite, pleine, autosuffisante (autarkéia). Certes, les mondanités et les responsabilités politiques m'indiffèrent, elles ne m'aliènent nullement : je m'en suis libéré par cette ascèse toute stoïcienne, cet exercice, pratique régulée et volontaire à laquelle je me soumets à chaque instant, car ma volonté est ferme de suspendre mes désirs. Mais ce présent suspensif n'est-il pas un isolement abstrait quoique volontaire? Puis-je vivre seul par ma volonté et nier la réalité du monde qui m'entoure, des autres qui m'aiment ou me haïssent parfois? N'y a-t-il pas plutôt dans cette attitude un mépris caché des autres et du monde, voire paradoxalement un mépris de soi? Comment échapper au danger du volontarisme aveugle? N'y a-t-il plus rien à connaître ni à comprendre?



Deuxième partie : Prendre conscience c'est suspendre son jugement (épochè)

1/ Si je considère non plus mes sensations internes mais mes pensées personnelles, force est de me demander quelle est leur origine, d'où me viennent-elles? Suis-je assuré qu'elles sont vraies, que leur contenu est authentique? Comment distinguer le vrai du faux, l'apparence de l'essence?

Je peux aussi bien les considérer toutes comme des opinions et renoncer à l'idée que l'esprit humain qui est le mien puisse accéder à la vérité. Il ne reste alors que des opinions, il n'y a pas de vérité, pas de science possible non plus. Tel est le point de vue des Sceptiques comme Sextus Empiricus (Esquisses Pyrrhoniennes) pour qui il n'y a que des opinions, pas de vérité. La prise de conscience est donc ce moment proprement philosophique qu'est le mouvement d'arrêt, de suspension dû à la seule force de l'esprit (logos). Comment lutter contre les opinions? En suspendant mon jugement (épochè), en refusant d'adhérer à une opinion, ou pire à des croyances, des superstitions. Comment est-ce possible? En distinguant mes affects et mes pensées, mes sensations internes et subjectives (personnelles) et la représentation que j'en ai (phantasia, image). Deux mouvements de l'esprit s'opposent : celui qui est pris dans les rêts des sensations internes et celui qui relève de la volonté d'un esprit ferme, résistant à l'opinion, et plus encore à la douleur de son corps. Ce mouvement d'arrêt n'est donc pas statique mais dynamique.

Or, d'une part, quel en est le contenu? Il semble bien vide, aussi ne peut-il être que répété : devant une nouvelle sensation douloureuse ou heureuse je dois m'exercer à la même impassibilité, tel est l'idéal du sage stoïcien. N'est-ce pas alors une forme de répétition à l'identique d'un refus de l'opinion ou des sensations? Ne suis-je pas comparable alors à Sisyphe faisant rouler son rocher en haut de la montagne pour recommencer une fois qu'il a roulé en bas de cette même montagne, idéal de supplicié s'il en est. Devant une opinion, vraie ou fausse, je dois donc pratiquer le même doute : il faut douter de tout c'est-à-dire répéter le même doute face à toute opinion nouvelle ou ancienne, cela importe peu. Prendre conscience revient à répéter le même refus de donner son assentiment à un sentiment, une émotion ou une idée. Quelle est donc l'origine ou le fondement de ce pouvoir de représentation de l'esprit? Faut-il que le doute exclut toute recherche de la vérité?

D'autre part, comme s'assurer de la constance de la volonté, fût-ce la mienne, qui fait d'un homme un sage? N'est-ce pas un événement extraordinaire, ponctuel, non durable? Ce dépassement des désirs par la maîtrise que j'en acquiers peut-il être constant?



2/ La prise de conscience fondamentale, portant sur les questions les plus essentielles pour la recherche de la vérité, se fait une fois en sa vie (semel in vita). Elle consiste à donner son assentiment, dire oui par un acte de la pensée.

Ainsi, Descartes, dans les Méditations Métaphysiques, II, se met-il en quête des principes de la connaissance : la première vérité que je découvre à l'issue du doute méthodique ou métaphysique (ou hyperbolique) est le socle sur lequel toute la science peut et doit se fonder : elle en garantit la certitude. La certitude de la science est fondée sur la certitude plus fondamentale de la métaphysique. Connaître avec certitude mon corps ou mon âme repose sur la connaissance du pouvoir de l'esprit humain dans la recherche de la vérité. Tel est le sens de ce qu'on appelle « le cogito » : dans l'acte de penser je découvre cette première vérité métaphysique : je suis, j'existe est nécessairement vrai. L'acte de penser – l'inspectio mentis, l'inspection de l'esprit – dénote un esprit humain. Dans le Discours de la méthode (1637), IV ème partie, Descartes utilise l'expression « Je pense, donc je suis » ( « cogito ergo sum »), or celle-ci est à comprendre comme une relation de simultanéité et non comme une conséquence logique ni grammaticale ou nominale seulement. Ce n'est pas parce que je pense que je suis mais c'est bien plutôt dans l'acte de penser lui-même que je suis, que je découvre mon existence. Ce n'est pas une condition de possibilité mais un acte performatif (un propos ou une pensée qui dans le même temps est un acte). Il y a, en effet, une différence entre voir et sentir qu'on voit (videre videor, il me semble que je vois) : c'est que la prise de conscience est un assentiment, c'est dire oui à l'objet pensé (la cire qui sort de la ruche ou celle qui a fondue après qu'on l'a approché du feu). Encore faut-il avoir une idée claire et distincte de la chose : ainsi je pense l'âme par l'idée de la pensée et le corps par l'idée de l'étendue. Je n'ai besoin d'aucune autre idée pour les connaître comme âme ou comme corps. A quoi bon faire intervenir les désirs dans l'âme ou les pensées dans le corps. N'en déplaisent aux déterministes, le corps ne pensent pas et l'âme n'est pas un corps, étendu (occupant un espace). C'est que je connais la chose par l'idée que j'en ai et non par la sensation que j'en ai. La prise de conscience d'une chose est donc toujours en même temps prise de conscience de soi comme être pensant, comme sujet pensant. Prendre conscience révèle une subjectivité réflexive dans mon rapport aux choses. Mais en va-t-il de même quand j'ai affaire non plus aux choses, mais aux autres? Ne suis-je pas capable de me faire des illusions sur moi-même quand je vis avec les autres? Ne puis-je m'obscurcir l'esprit, me trahir moi-même, ne pas me reconnaître dans mes actes, mes silences ou même mes affects? Bref, est-ce que lorsque je suis avec les autres, je pense, je ressens de la même manière que quand je suis seul? Est-ce que je suis le même ou bien mon identité personnelle se dissout-elle dans une identité collective ou au moins duelle? Prendre conscience n'est-ce pas plutôt lâcher la conscience, y renoncer?



III La prise de conscience engage un rapport aux autres :

1/ Prendre conscience revient à dire non à soi-même pour paraître un autre, pour donner une image de soi. Ainsi, Rousseau critique notre rapport spéculaire aux autres dans la vie sociale :

« On n'ose plus paraître ce qu'on est » Premier Discours sur les sciences et les arts.

L'homme est naturellement bon mais la société le corrompt, elle lui apprend à adopter des manières artificielles, fausses et trompeuses, qui l'éloignent non seulement des autres – il peut leur mentir, sauver les apparences – mais surtout à lui-même. L'image de lui-même tient lieu de sa nature, de son identité. Il ne sait plus qui il est et n'est véritablement personne. Son rapport aux autres est faux, mensonger, artificiel. La prise de conscience la plus fondamentale est donc celle de ma solitude parce que les autres ne me sont pas justement transparents : je ne peux savoir qui est mon ami que lorsqu'il me trahit – c'est donc toujours trop tard. L'individu que je suis est isolé et n'a de rapport aux autres que faussé par les moeurs de la société à laquelle nous appartenons : nous ne le choisissons pas, et cela détermine nos rapports aux autres. Prendre conscience c'est dénoncer cette imposture, cette prétendue transparence des coeurs et des âmes : seul est certain mon sentiment « je sens mon coeur et je connais les hommes » (Les Confessions, préface). Les hommes, si je les connais c'est justement parce que j'instaure entre eux et moi une distance (celle-là même que l'anthropologue pratiquera plus tard, cf Claude Lévi-Strauss dans Anthropologie structurale, II, « J.-J Rousseau, fondateur des sciences de l'homme). Prendre conscience c'est ici refuser de jouer un rôle que la société, par ses traditions et coutumes, nous donne ; c'est démasquer les autres mais aussi soi-même – d'où le projet d'autobiographie rousseauiste qui s'inscrit dans ce désir de transparence. Mais ce désir n'exlut pas un rapport aux autres : Rousseau publie son autobiographie, il ne se contente pas de l'écrire. Le fait de la rendre publique atteste du caractère politique de cette prise de conscience. En revanche, à la fin de l'Emile, si je suis les préceptes d'éducation rousseauistes, on voit mal quels liens je peux nouer avec les autres. Dois-je renoncer à toute conscience collective pour être moi-même. La prise de conscience de mon imposture sociale m'oblige-t-elle à fuir toute conscience collective?



2/Pourtant prendre conscience est un phénomène de constitution politique d'une identité collective : il existe des sociétés de classe, si l'on en croit Marx. Il faut donc prendre en compte la constitution d'un soi collectif. Prendre conscience c'est dire non à l'aliénation collective et de fait s'engager dans une lutte politique et historique. Le destin individuel s'intègre nécessairement dans un destin collectif, l'individu étant de ce point de vue le produit de la société à laquelle il appartient. En ce sens l'identité collective fédère un groupe d'hommes à condition qu'ils aient une représentation collective de leur identité : celle-ci trouve sa forme achevée dans une cause politique. Cette conception de la société implique une hiérarchie entre deux groupes distincts qui ont entre eux des rapports de domination. Elle rejette l'égalitarisme absolu qui veut que tous les hommes d'une même société soient égaux, faisant abstraction des inégalités de richesses, de culture ou de savoir par exemple. L'ordre ici n'est rien qui puisse servir la recherche de la vérité comme la méthode cartésienne invite à l'envisager. L'ordre est simplement compris comme une hiérarchie sociale conditionnant des conflits entre les dominants et les dominés. Le modèle est ici celui de la lutte des classes (la société est constituée de deux à quatre classes selon l'évolution des textes de Marx). Dans La lutte des classes en France il distingue quatre classes sociales : la bourgeoisie, le prolétariat, la petite-bourgeoisie et la paysannerie – il refuse une conscience spécifique au Lumpenproletariat (la pègre) et aux intellectuels (classe constituée essentiellement par les journalistes).

Les conflits entre les classes sont constitutifs des rapports sociaux, ceux-ci s'inscrivant à leur tour dans un processus historique. L'histoire humaine est celle de ces conflits et de leur résolution. Le progrès dans l'histoire se manifeste pas cette résolution positive qu'est la révolution politique (cf le mythe du grand soir, le moment dans l'histoire où les rapports de force seront renversés et où la classe exploitée se libèrera de la classe qui l'exploite). La classe sociale se comprend d'abord, selon Marx, dans un rapport au mode de production capitaliste. Les rapports de production engendrent des rapports sociaux spécifiques fondés entre autres sur l'antagonisme, le conflit, la contrainte. Ainsi, les salariés sont amenés à se considérer eux-mêmes comme une « classe » qui élabore sa propre « conscience de classe » à condition de reconnaître l'aliénation de l'ouvrier par rapport au fruit de son travail. Dans les Manuscrits de 1844, « le travail aliéné », Marx, en effet, défend l'idée selon laquelle l'aliénation de l'ouvrier réside dans la séparation de son activité de travail et du produit de son travail. L'ouvrier ne fait pas un objet, il ne sait pas ce qu'il fait, il est réduit à ses gestes répétitifs, absurdes qui suffisent à produire une partie de l'objet. Il n'en voit pas le tout, ni la fin, ni la nature. La conscience de classe ne se réalise que s'il y a conscience d'une aliénation sociale : prendre conscience est donc toujours d'abord collectif et consiste à se révolter contre une condition sociale, des rapports sociaux injustes parce qu'aliénants, rendant les hommes étrangers à eux-mêmes, les privant de leur liberté politique :

« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » (Contribution à la critique de l'économie politique, 1859)

Par conséquent, le rapport aux autres est celui d'une fédération, d'une intégration idéologique : il suppose une prise de conscience collective, politique : celui de l'aliénation sociale dont est victime la classe à laquelle l'individu appartient (s'il appartient à une classe) – consciente d'elle-même i.e. de sa condition – exploitée par une ou plusieurs autres classes sociales. Reste à accepter que l'individu soit sacrifié à la société et que notre rapport aux autres soit pensable à condition de se fonder sur le mode de production de la société.



Conclusion :

Ainsi, prendre conscience c'est se sentir, être attentif aux sensations internes, cela revient alors à s'opposer, dire non à soi sans réflexion ni volonté, or je reste conditionné par mes désirs et ne peux donc m'en libérer que par la force de ma volonté : c'est par la volonté que je dis non à ce que j'identifie comme un mal. Je peux donc suspendre mes désirs à condition de suspendre mon jugement. La primauté revient non plus à mes sensations internes mais à mes pensées personnelles, mes représentations. Reste le problème de leur origine. Je dois le résoudre pour ne pas tomber à nouveau dans un déterminisme de l'esprit cette fois. Mais je ne peux répéter la même attitude de refus de mes désirs de suspension du jugement sans m'aliéner à une ascèse stérile. C'est bien plutôt par une prise de conscience fondamentale, métaphysique, une fois en sa vie que je donne mon assentiment à mes idées, mes représentations, par un acte de la pensée, et dans cet acte lui-même. Mon rapport aux autres est donc toujours second, or je ne peux rendre compte ainsi des phénomènes de mimétisme social et de conscience collective, car prendre conscience c'est aussi dire non à soi-même pour paraître un autre, pour donner une image de soi ou positivement c'est est un phénomène de constitution politique d'une identité collective : dans la reconnaissance d'une aliénation commune je me reconnais et prends conscience négativement de la réalité.


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