jeudi 18 mai 2017

Peut-on penser le vivant sur le modèle de la machine?

 Introduction : Si l'on réduit un corps vivant à sa dimension mécanique, on peut penser le vivant sur le modèle de la machine : l'anatomie trouve ainsi un développement scientifique. Pourtant le vivant est un phénomène qui ne peut se réduire à un mécanisme : la vie est un phénomène organique, différent de nature d'une machine, inerte quoique mobile. Est-il légitime de penser le vivant comme une machine au risque de perdre sa spécificité? A l'inverse, ne pas le considérer comme une machine ne revient-il pas à manquer une dimension essentielle du vivant?

OUI : -Les corps naturels ne sont pas différents des corps artificiels, si ce n'est par la taille : on peut penser le vivant sur le modèle de la machine et expliquer le vivant par la seule science physique (Descartes, Texte 5)
-La vie est un processus mécanique de conservation de l'intégrité du corps et de régulation de ses fonctions. On peut donc penser le vivant comme une machine, déterminée à mourir. (Hoffmann, Texte 1)

Transition : toutefois réduire ainsi le corps vivant c'est ignorer le caractère déterminant de l'organisme au sein du corps vivant

Oui, mais il faut apporter des nuances au réductionnisme cartésien et hoffmannien :
-Le mécanisme est subordonné à l'organisme : même si le vivant est pour une part pensable sur le modèle de la machine, sa dimension mécanique s'intègre dans l'organisme qu'est le vivant.
(Stahl, Texte 2)
-Le vivant considéré comme spécifique, évolue selon un mécanisme naturel : le mécanisme de la lutte pour la vie. Celui-ci est la cause de la sélection naturelle, principe ou moteur de l'évolution des espèces. (Darwin, Texte 4)

Transition : Si le vivant semble déterminer par des mécanismes naturels, on ne peut toutefois, pour le penser, le réduire à une machine car le vivant à une singularité, des caractéristiques que l'on ne rencontre dans aucune machine

 NON : -Les êtres organisés ont une spécificité : ils sont doués de force formatrice et réparatrices. La machine au contraire n'est douée que de force motrice. (Kant, Texte 6)
-Un organisme est capable de se réguler et de compenser les défaillances de l'un de ses organes en transférant sa fonction à un autre organe - ce que Canguilhem appelle la vicariance des fonctions (La connaissance de la vie - Machine et organisme)

Conclusion : Défendre une conception strictement mécaniste du vivant revient à le réduire à ce qu'il n'est pas : inerte. Si le vivant peut s'entendre toutefois comme processus de conservation naturel de l'intégrité du corps, il semble en revanche que ce qu'il y a de mécanique dans le vivant s'intègre à l'organisme, lui serve d'instrument. De même, à l'échelle de l'espèce, il y a un mécanisme dans les êtres vivants : la lutte pour la vie. Cette lutte rend compte du vivant spécifique, en particulier du phénomène de l'évolution des espèces.
Toutefois, le vivant est de nature différente d'une machine par sa capacité d'autoformation et de réparation. Penser, alors, le vivant sur le modèle de la machine semble une erreur épistémologique. Et ce, d'autant plus qu'il y a des phénomènes propres au vivant : la vicariance des fonctions, que l'on ne trouve pas dans une machine - ni comme réalité ni même comme idée ou principe.
On ne peut penser le vivant sur le modèle de la machine : penser le vivant c'est donc renoncer à l'idée que la machine soit un modèle suffisant pour le penser, pour en saisir la singularité, les caractéristiques ; tant sur le plan d'un individu, d'un être vivant, que sur celui des espèces auxquelles les individus appartiennent.

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