Dictionnaire philosophique

ART : 1/ technique, savoir-faire (grec, technè). 2/ création artistique, recherche du beau. 3/ s'oppose à la nature, peut prendre le sens d'artifice 4/ pratique : a) de l'artisan, qui produit des objets techniques par la maîtrise de son art - b) de l'artiste, qui produit des œuvres d'art par un talent ou génie particulier, spécifique qui le rendent capable de créer la beauté.

AUTRUI : Autrui est à la fois le même et l'autre : un autre sujet ou une autre conscience que la mienne, mais aussi un sujet ou une conscience comme moi. L'autre désigne une personne ou un sujet moral distinct et différent de moi mais aussi le même que moi : il est tout aussi conscience et sujet que je le suis moi-même. Une difficulté consiste alors à rendre compte de la communication des consciences ou des sujets : comme puis-je communiquer avec un autre, qui n'est pas moi, mais qui est tout comme moi sujet et conscience? La notion d'alter ego, d'autre moi-même, pourrait être une solution, au sens où communiquer avec l'autre serait être toujours en terrain connu. Or la communication des conscience ne va pas de soi : signifier ce que l'on pense, plus encore l'exprimer est un des plus grands enjeux de la philosophie elle-même. Autrui, cet autre moi qui est en même temps autre que moi, peut être considéré comme le passage obligé pour communiquer, voire pour se connaître soi-même. La question est de savoir si la conscience de soi implique la conscience d'autrui, son regard, son attention ; ou bien si elle est toujours seule d'abord pour constituer son rapport à autrui dans un second temps. L'enjeu est de savoir si penser se fait toujours d'abord seul avec soi-même, ou bien si cela suppose une altérité, un autre que moi.

AXIOME. Principe posé au fondement d'une science déductive.

BONHEUR : 1/ Etymologiquement il signifie la chance, ce qui arrive par hasard et produit un effet heureux. Il est un état de satisfaction totale, complète ; il désigne un sentiment de plénitude, le contraire du manque. 2/ Or l'être humain se caractérise par la recherche de satisfaction de ses désirs : l'objet de ses désirs (le pouvoir pour l'homme politique, la réussite pour le joueur, une conquête amoureuse pour Don Juan...) lui manque, lui fait défaut. 3/ Le bonheur semble donc plutôt un idéal, un horizon vers lequel on tend tout en sachant qu'on ne peut l'atteindre. Il est pensé alors sans temporalité (présent, passé et futur), comme suspension du temps, comme éternité. C'est ce que recherche le sage grec par exemple : un moment d'éternité - formule paradoxale s'il en est.

CAUSE : réponse à la question « pourquoi ? » - phénomène qui en détermine un autre en le précédant. Toute cause produit un effet ; tout effet provient d'une cause (déterminisme).

CONSCIENCE : 1/ la conscience immédiate ou spontanée renvoie à la simple présence de l'homme à lui-même lorsqu'il pense, sent, est ému ou agit, etc...2/ la conscience réfléchie, elle, se distingue de la conscience immédiate au sens où elle est la capacité que l'homme a de faire retour sur ses pensées, sentiments, actions et par conséquent à les analyser, à les juger. Elle est le propre de l'homme, seul être vivant conscient de penser, de sentir, d'être ému, d'agir, etc... mais aussi d'être fini, mortel. Elle est, depuis Descartes (Méditations Métaphysiques, 1641), le fondement même de la connaissance : pas de vérité sans un sujet qui pense par lui-même, qui connaît son existence et sa nature d'être pensant. 3/ la conscience en un sens moral est la capacité que l'homme a de savoir spontanément (expression contradictoire en apparence) le bien et le mal, de les distinguer par un sentiment et non par une idée, ni une représentation. La pitié que j'éprouve lorsque je vois un autre homme, ou même un animal souffrir est la preuve que le bien et le mal sont d'abord des sentiments (Rousseau, Deuxième Discours, 1755).

CONSÉQUENCE : 1/ ce que l'on déduit d'un principe. 2/ résultat d'une articulation d'arguments rationnels.

CONTRAINTE : 1/ violence exercée sur un sujet. 2/ Règle à laquelle on doit se soumettre – qui peut être intérieure.

CONVAINCRE : Amener quelqu'un à admettre la vérité d'un discours par des raisons ou des moyens rationnels. Convaincre quelqu'un revient à le faire changer d'idée et non seulement à le faire changer d'opinion. Cela suppose qu'il comprenne pourquoi son idée de départ était erronée ou incomplète. Pour faire changer quelqu'un d'opinion il suffit de le persuader d'en changer, sans qu'il ne sache pourquoi il le fait.

CROYANCE : 1/adhésion spontanée à une idée, une idéologie (politique, religieuse, esthétique...) ou à une personne (messie, famille, amis, société) : elle peut prendre la forme d'une opinion, d'une doctrine, d'une superstition. Elle s'oppose en ce sens au savoir, i.e. à une adhésion réfléchie à une idée ou une personne. 2/ adhésion réfléchie à une idée : en ce sens il s'oppose au premier sens, selon  qu'on estime la croyance fondée sur la raison ou sur la foi par exemple. Une vérité Révélée est fondée sur la foi ("Dieu existe") et non sur la raison (démonstration rationnelle de l'existence de Dieu - cf Saint Anselme, Descartes, Pascal). Ce sens est plus proche de ce qu'on appelle une conviction, un choix de pensée. La réflexion est alors fondée soit sur des dogmes soit sur des principes, axiomes ou définitions posés comme vrais par induction (trois principes d'identité, de contradiction et du tiers-exclu).

CULTURE : 1/ la culture est l'ensemble des productions d'une société (savoirs, savoir-faire, technique, religion, morale, métaphysique, croyances...) ; elle est l'objet de l'anthropologie, de l'étude de l'homme ("anthropos" en grec) dans tous ses aspects, la culture étant comprise comme un fait qu'on peut tenter d'expliquer. 2/ la culture est aussi un processus individuel, subjectif. Se cultiver revient à s'approprier quelque chose de commun à une culture, à la vie d'une société et non seulement à ses habitudes superficielles ou apparentes. Se cultiver n'est pas retenir des savoirs, pratiquer un art sans réfléchir par soi-même mais en imitant les autres. La culture est de ce point de vue toujours créatrice, novatrice, dépassant la simple surprise d'une mise en avant exhibitionniste.

DEFINITION. En logique, elle désigne l'opération de l'esprit par laquelle on détermine la compréhension caractérisant un concept. Sur le plan formel, la définition est un ensemble de termes connus qui détermine le concept défini par la combinaison de ces termes, et qui est représenté par un terme unique. En mathématiques, on distingue la définition par abstraction de celle faite par postulats. La première consiste à indiquer les conditions de l'égalité – logique ou mathématique – F (x) = F (y), x et y étant des valeurs appartenant à une certaine classe, relativement à laquelle la fonction F est définie. La seconde consiste à « définir », fixer le sens et délimiter tout à la fois, un ensemble de notions en énonçant, comme axiomes ou postulats, les relations fondamentales vérifiées par ces termes et constituant les fondements de cette théorie.

DEMONSTRATION. Déduction qui a pour but de prouver la vérité de sa conclusion en s'appuyant sur des prémisses ou propositions admises comme vraies.

DESIR : 1/ Recherche d'un objet que l'on imagine ou que l'on sait être un objet de satisfaction. Il provoque un manque, une frustration. Il est de nature paradoxale : une fois satisfait, le désir renaît de lui-même. Il est en ce sens infini, sans limite. 2/ Le désir produit son objet et le précède : nous pensons qu'un objet est bon parce qu'on le désire et non parce qu'il est bon en lui-même. C'est notre désir qui rend l'objet désirable. 3/ Le désir est désir de ce que l'autre désire. Nous cherchons la reconnaissance de l'autre par le biais de la satisfaction de nos désirs. Il est une force qui nous oriente dans nos actes et nos pensées.

DROIT : 1/ ce qui est conforme à une règle, et que par conséquent il est légitime d'exiger. Cela vaut pour une loi (règle juridique) mais aussi pour les valeurs morales (règles morales) 2/ ce qui est permis légalement ou moralement. 3/ le droit s'oppose au fait comme ce qui doit être, le normatif, à ce qui est, le réel. 4/ le droit positif désigne l'ensemble des lois écrites ou des coutumes ayant force de loi. Il s'oppose au droit naturel, qui lui désigne ce qu'on considère comme résultant de la nature des hommes et de leurs relations, en mettant à part toute loi ou toute convention.

ECHANGES : 1/ à l'origine ils consistent à troquer une chose pour une autre. C'est donc un don réciproque entre deux choses que l'on estime équivalentes, d'égale valeur. 2/ L'échange direct - le troc - évolue en échange monétaire - la monnaie permettant de mesurer quantitativement les biens échangés. Les échanges sont alors indirects : on échange une chose contre de l'argent. 3/ au sens plus large, on échange quand on communique d'égal à égal, réciproquement - par exemple des idées avec ses pairs (le dialogue),  des sentiments avec ses proches (l'amour, l'amitié, la fraternité, le respect...). On échange avec des personnes en ce sens et non avec des objets.

EXPERIENCE : 1/ l'expérience que l'on a acquise : un savoir-faire, une technique pratiquée de manière continue (artisanat, art, travail) 2/ l'expérience que l'on fait : a) dans la vie quotidienne : l'expérience vécue, l'épreuve qu'il revient à chacun de vivre (marcher, nager, apprendre à lire, rencontrer un ami, un amour…) - b) pour connaître la vérité : 1. en faisant confiance à sa sensibilité, à ce que nos cinq sens nous donnent à connaître de la réalité (philosophie de la connaissance : connaît-on les choses par les sens ou par l'idée que nous avons des choses? Peut-on connaître un triangle sans s'en faire une image, sans le tracer ni l'imaginer, i.e. sans l'avoir jamais déjà vu?) 2/ en interrogeant les phénomènes par un dispositif expérimental : l'expérimentation dans les sciences physiques  et du vivant (Pascal, Torricelli, Claude Bernard) qui procède pas trois étapes : observation / hypothèse / expérimentation.

FIN : 1/ but que l'on se donne. Ce en vue de quoi une chose est (Aristote) 2/ terme, limite.

FORMALISME. Au sens moderne du terme, le formalisme est une présentation des théories scientifiques dans le cadre d'un système formel : celui-ci permet de caractériser, sans ambiguïté, les expressions du langage et les règles de démonstration recevables. Le formalisme est aussi à l'origine du développement autonome d'une logique mathématique, celle-ci créant ses propres problèmes et concepts. La formalisation des mathématiques est liée au développement de l'axiomatique (l'étude critique des axiomes, i.e. des principes posés au fondement d'une science déductive). Les questions portent alors sur la « forme », l'organisation interne des théories mathématiques, l'enjeu étant de « réviser » les théories traditionnelles : ainsi Hilbert réforma la géométrie euclidienne (en 1899) et Peano l'arithmétique des entiers naturels. Le point de vue formaliste sur les mathématiques consiste à faire abstraction dans les mathématiques de la référence des termes utilisés et à renoncer au concept classique de la vérité comme « adéquation de l'esprit et de la chose ». Ce fut, notamment avec Leibniz déjà, une tentative de réduire le raisonnement mathématique à des calculs « automatiques » sur des symboles. Les mathématiques n'ont plus affaire à des objets existant réellement, dans la nature, tel l'espace euclidien à trois dimensions.
Mais le formalisme désigne également une interprétation de ces changements, concurrente de « l'intuitionnisme » tout autant que du « logicisme » : les mathématiques doivent mettre de côté tout recours à l'intuition et ne considérer que les relations entre les termes qu'on introduit. La mathématisation de la logique que tenta Boole, par exemple, consiste à appliquer l'algèbre symbolique à la logique traditionnelle « la mathématique traite des opérations considérées en elles-mêmes, indépendamment des matières diverses auxquelles elles peuvent être appliquées. » (An Investigation of the Laws of Thought, 1854).
L'enjeu philosophique est, notamment, de rejeter la métaphysique, mais aussi de ne laisser la place qu'au constat de la variété des règles possibles : l'on pourrait alors trouver une base solide et universelle aux mathématiques. Rejetant le recours à toute intuition de l'infini, le formalisme de Hilbert recherche des procédés de démonstration prédéfinis portant sur des énoncés finis. L'espoir de Hilbert résidait dans l'universalité de cette base formelle des mathématiques : faire entrer dans le cadre de ce formalisme toutes les mathématiques passées. L'échec de cette entreprise fut manifeste lorsque Gödel démontra l'insuffisance fondamentale des systèmes formels à travers le théorème d'incomplétude : tout système formel comprend des énoncés indécidables, i.e. dont la valeur de vérité est impossible à déterminer.

IDÉAL : 1/ qui n'existe que dans la pensée, comme une idée qui ne peut se réaliser. 2/ parfait, auquel il ne manque rien

IDEOLOGIE : Interprétation arbitraire du monde.

IMMÉDIAT : ce qui est direct, connu ou donné sans médiation.

INCONSCIENT : 1/ le non-conscient, ce à quoi la conscience n'a pas accès : les habitudes du corps (respirer, se nourrir, marcher). En ce sens négatif, l'inconscient est ce qui est dépourvu de conscience, l'inconscience est une conscience réduite, affaiblie, non perceptible par la conscience immédiate, encore moins par la conscience réfléchie. 2/ l'inconscient, au sens positif du terme, désigne une réalité conçue comme structure fondamentale du psychisme (de psychè en grec : l'âme). Ce sens est inventé par la pensée freudienne, Freud ayant inventé une nouvelle discipline, en 1900, la psychanalyse, qui analyse des formes de pensées inconscientes. On peut alors se représenter "l'appareil psychique" de manière statique, comme le lieu des pensées conscientes et inconscientes (Première Topique freudienne), ou bien de manière dynamique, comme le résultat de conflits entre des forces contraires et irrépressibles (Deuxième topique freudienne), l'homme étant constitué de pulsions (Trieb), de désir au sens organique du terme. Le moi est déterminé par ses pensées inconscientes, mes pensées conscientes, même les plus évidentes, sont déterminées par mon inconscient. Je ne suis donc pas libre, mais je peux le devenir en me réappropriant le sens caché de mes pensées, actes, sentiments, en les interprétant à partir des frustrations que j'ai vécues. (cf. le mécanisme du refoulement)

INDUCTION COMPLETE. Raisonnement direct et rigoureux, il s'apparente à une inférence immédiate. Poincaré désigne sous ce nom le raisonnement par récurrence. L'induction complète se distingue de l'induction scientifique - des sciences de la nature - qui remonte du donné expérimental à un principe explicatif. L'induction complète se contente d'étendre la connaissance, sans médiation et par un procédé quasi mécanique, n'introduisant aucune idée nouvelle. Au contraire, l'induction scientifique demande un génie inventif pour trouver l'hypothèse conforme à la réalité, l'hypothèse vraie en somme.
Selon Henri Poincaré, dans Science et Méthode (1908), le raisonnement par induction complète est le plus simple de tous, mais applicable seulement pour les objets définis par induction, permettant ainsi le passage du particulier au général, du fini à l'infini. Dans la Science et l'hypothèse, (1902), Poincaré le définit ainsi : « On établit d'abord un théorème pour n = 1 ; on montre ensuite que s'il est vrai de n – 1, il est vrai de n et on en conclut qu'il est vrai pour tous les nombres entiers. ». En ce sens, ce raisonnement est moins une structure de notre esprit et de ses facultés intellectuelles que l'intuition de la répétabilité de leurs opérations : il légitime ainsi l'usage de l'intuition en mathématiques. C'est sur ce point que Russell s'oppose à Poincaré, considérant le principe d'induction comme doublement général : parce qu'il est une affirmation sur tous les nombres entiers finis, qui peuvent être atteints par la répétition de n + 1 à partir de zéro ; parce qu'il est également une affirmation sur toutes les propriétés qui, si elles n'appartiennent pas à zéro, appartiennent au successeur de n si elles appartiennent à n.

INTUITIONNISME. Courant majeur de la philosophie des mathématiques contemporaine, il naît sous l'impulsion de Brouwer (1881-1966). Il trouve son origine dans les débats sur la théorisation cantorienne de l'infini et de la reconstruction axiomatique des mathématiques. Ses préoccupations concernent la constitution de la connaissance, le rôle qu'y jouent les « intuitions », mais surtout la nature de ces intuitions. Selon Brouwer, toutes les fonctions continues sont dérivables. Il s'intéresse davantage au processus de la connaissance qu'à privilégier l'organisation interne des discours. En cela elle s'oppose au formalisme, qu'elle considère comme une « dérive ». Selon Brouwer, c'est dans les actes de l'intelligence au travail que se situe la véritable réalité mathématique : « Il est vrai que les mathématiques sont tout à fait indépendantes du monde matériel, mais exister en mathématiques veut dire : être construit par l'intuition (...) » (« On the foundations of mathematics », in Collected Works). Au contraire, les formalistes sous-estiment la réalité mathématique, prenant la non-contradiction comme critère d'existence et réduisant les réalités mathématiques à des implications formelles. L'exactitude et la rigueur des mathématiques ne tiennent qu'à l'esprit créateur du mathématicien.
Certes, cette intuition mathématique est imprécise, et Brouwer, comme Poincaré (la Science et l'hypothèse, chapitre 1), ne font que nous renvoyer à l'expérience que nous en avons. Par ailleurs, la science se trouve réduite à la pensée. Les relations entre la pensée et le symbole, les nouvelles possibilités qu'offre la formalisation, ne peuvent être réellement considérées.
L'intuitionnisme refuse, en résumé, la double négation – on peut conclure ce que l'on veut de - -N à N – et le principe du tiers-exclu – soit P, soit non-P comme théorème. Il défend par ailleurs l'idée qu'il faut construire les êtres mathématiques, qu'ils n'existent pas indépendamment de l'esprit qui les conçoit, qui les pense ou manipule.

JUSTICE 1/ la justice comme procédure est ce qui est conforme au droit, à la loi juridique, ce qui est légal. Est juste non pas ce qui est bien en soi mais ce qui correspond au droit. La justice est donc relative aux lois des Etats, elle est indépendante a priori des idées de juste, bien ou mal, de la morale, des mœurs tout en étant en même temps le résultat d'une histoire sociale, économique et politique. 2/ la justice comme idée, le juste en soi, norme du droit, peut s'entendre en deux sens : a. comme égalité : est juste ce qui est égal, donner à chacun la même part (du butin pour des voleurs, ou d'un héritage pour des héritiers légaux) - Justice commutative (les biens sont interchangeables) b. comme équité : est juste ce qui est équitable, donner à chacun non pas la même quantité mais une quantité proportionnelle à une qualité (selon le mérite, la situation dans laquelle une injustice est commise : voler pour voler ou pour se nourrir n'est pas la même situation) - Justice distributive (les biens ne sont pas interchangeables mais supposent que l'on juge de leur valeur ou mérite respectifs) 3/ vertu, disposition de l'âme (Aristote, Platon) qui est un principe garantissant l'harmonie de l'ensemble de notre être ( l'esprit commande au cœur ou aux sentiments et au ventre ou aux désirs).

LANGAGE : 1/ Système de signes qui permet l’expression ou la communication. 2/ Faculté de constituer ou d’utiliser un tel système.

LANGUE : Système de signes particulier qui permet la communication au sein d’un groupe humain. De ce point de vue il n'y a pas de langue animale, mais des modes de communications, des codes de signes.

LIBERTÉ : 1/ pouvoir de choisir, entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le juste et l'injuste. Certains philosophes le dénomme "libre arbitre". C'est ce par quoi l'homme se distingue de l'animal, déterminé lui par la nature. L'homme au contraire se cultive et a une culture, une vie intérieure. L'animal est tout entier extérieur à lui-même. L'homme peut donc se libérer de ce qui le rend esclave intérieurement, les passions, les désirs : la raison est son arme et le rend capable d'agir et non seulement de réagir à une stimulation sensorielle, sensible. 2/ autonomie, capacité à se déterminer par soi-même, à se donner à soi-même (auto en grec) ses propres lois (nomos en grec). Le contraire est le déterminisme par lequel un être agit, non pas de lui-même mais par une règle ou une force extérieure à lui (hétéronomie). Cela vaut pour l'individu ou le sujet (KANT) mais aussi pour une société ou un Etat. La liberté a alors un sens politique. Les libertés renvoient aux droits et devoirs d'un homme considéré comme sujet de droit (citoyen). Ceux qui sont privés des libertés sont par exemple les esclaves, soumis à des contraintes, des rapports de force imposés par leur maître.

LINGUISTIQUE : du latin lingua, "langue". Science inventée par F. de Saussure au XXè siècle et qui a pour objet la langue, i.e. chaque langue prise dans sa singularité et considérée comme un système de signes articulés et solidaires (Benvéniste, Chomsky).

LOGICISME. Au sens général, cette interprétation des mathématiques consiste à penser que les mathématiques sont réductibles à la logique, qu'elles n'en sont qu'une partie. Il s'est développé surtout à la fin du XIXème siècle avec les travaux de Frege, Russell et Whitehead. Le projet de Frege supposait la formalisation du raisonnement mathématique et la construction d'une écriture mathématique entièrement symbolique. Il s'oppose au projet formaliste et envisage la logique non pas comme la non-contradiction d'un système de relations mais comme un ensemble de quelques notions qu'il considère comme des termes universels intelligibles a priori de la pensée rationnelle - ceux-ci étant inséparables de leur sens. L'intuition n'a aucun rôle dans les mathématiques. L'enjeu concerne le fondement des mathématiques, i.e. la construction d'une définition logique suffisamment explicite ou univoque, du nombre entier pour mettre en évidence son contenu de signification purement logique. Ainsi, dans la Begriffschrift, en 1879, Frege propose un système formel qu'il applique à la logicisation de l'arithmétique : il tente d'éviter les contradictions ou paradoxes que l'on rencontre dès lors que l'on utilise de manière intuitive les notions logiques fondamentales.

MATHEMATIQUES : Organisation systématique et symbolique appuyée sur la rigueur - la stricte conformité aux règles - et la cohérence - la non-contradiction.

MÉDIAT : ce qui est en relation avec autre chose au moyen d'un intermédiaire

METHODE. Au sens étymologique, la méthode désigne une poursuite, une recherche tendue vers une fin. Elle consiste en une mise en ordre, rationnelle, d'éléments de connaissance. Elle peut prendre le sens d'une procédure, d'un programme réglant au préalable une suite d'opérations à accomplir. Elle indique alors aussi les erreurs à ne pas commettre pour atteindre un résultat déterminé. Plus précisément encore, elle peut désigner un procédé technique de calcul ou d'expérimentation.

OBLIGATION : 1/ Droit : lien juridique par lequel une personne est astreinte à faire ou à ne pas faire quelque chose. 2/ Morale : impératif qui constitue la forme de la loi morale. Elle suppose qu'on ait conscience d'une valeur, qu'on la reconnaisse comme telle pour orienter nos actions. Elle suppose donc la liberté et s'oppose à la contrainte. Cela n'a pas de sens d'obliger un être déterminé (un animal, un être vivant, une chose) à suivre une règle morale.

PERSUADER : faire croire quelque chose à son interlocuteur par des moyens irrationnels, sans lui démontrer le bien fondé de son discours. Du latin : per, à travers et suadere, conseiller. Idée de forcer quelqu'un à suivre un conseil.

PRINCIPE. Le principe signifie d'une part le commencement, l'origine, il s'emploie alors métaphoriquement. Il désigne par ailleurs la cause, au sens où elle est l'origine de l'effet (par exemple, le sujet est cause de ses actes, bons ou mauvais). Au sens moral, un principe constitue une norme ou règle d'action, clairement pensée et énoncée par une formule. Le principe est, enfin, ce qui est premier dans l'ordre d'importance, ce qui commande ou ordonne : les principes d'une science sont l'ensemble des propositions directrices, caractéristiques, auxquelles tout le développement ultérieur doit être subordonné.

RAISON : 1/ faculté de raisonner discursivement, de combiner des idées (concepts), des phrases (propositions, énoncés). En ce sens, elle définit l'homme, et le distingue des autres êtres vivants et plus généralement des autres êtres. 2/ faculté juger, de distinguer entre le bien et le mal, ou entre le vrai et le faux par un sentiment immédiat. Elle s'oppose ici à la folie et à la passion : l'une comme l'autre empêchent de raisonner bien. 3/ Rapport (du grec logos, et du latin, ratio). 4/ Principe d'explication, théorique, raison d'être. 5/ Cause légitime, justification (sens normatif)

RAISONNEMENT. Le raisonnement consiste à établir une série de rapports : c'est une opération discursive par laquelle on établit entre une ou plusieurs propositions (prémisses), ou données, et une autre proposition (conclusion) des rapports de vérité, de probabilité ou de fausseté.

RÉEL : 1/ Adjectif : a. opposé à illusoire : ce qui est donné, qui ne se réduit pas à un produit de l'imagination./ b. opposé à possible : actuel. /c. opposé à abstrait : donné dans une expérience sensible (par les cinq sens). /d. opposé à nominal : qui concerne les choses et non les mots. 2/ nom : les choses (res, en latin : la chose) elles-mêmes. Ensemble des choses qui sont, i.e dont l'existence est objective et constatable.

RELIGION 1/ Lien que l'homme entretient avec l'ordre du divin ou d'une réalité supérieure, qui tend à se matérialiser par des systèmes de dogmes ou de croyances, des pratiques rituelles et morales. 2/ Forme particulière que ce lien revêt pour un individu ou une collectivité. Ensemble des croyances en une divinité, des règles de vies propres à une communauté. 3/ L'étymologie du mot renvoie soit au verbe latin "religare", relier, qui indique la fonction sociale de la religion : elle est un lien fondamental entre les hommes qui partagent les mêmes croyances; soit du verbe "religere", recueillir, rassembler les formules, les textes écrits en particulier : elle a ici une fonction spirituelle, au sens où elle permet de répondre aux questions que se pose l'homme sur son rapport au monde.

RHETORIQUE : Art de persuader par le discours.

SCIENCE : Ensemble systématisé de jugements vrais.

SUJET : Le sujet est un terme technique en philosophie : au sens moderne, il est à comprendre en relation avec la subjectivité ; il renvoie à ce qui, dans l'être humain, constitue le fond de ses rapports avec la réalité. Dire qu'un homme est un sujet revient implicitement à insister sur le fait qu'il est l'origine et le fondement de ses pensées, de ses actions, de ses jugements et croyances. On distingue le sujet de l'objet de son activité. Le sujet, en ce sens, se caractérise par le fait qu'il peut dire "je", ou du moins le penser. Au sens moderne (depuis Descartes, Méditations Métaphysiques, 1641), tout sujet suppose la dimension réflexive de la conscience de soi, un moi propre à chacun, fondant l'identité du sujet. C'est parce que j'ai conscience de moi que je suis le même, que mon identité perdure malgré tous mes changements internes, mes sentiments, pensées, ou externes, mon corps qui veillit malgré moi.

SYMBOLE : l'étymologie grecque, sumbolon, renvoie à un objet coupé en deux qui servait de signe de reconnaissance. 1/ représentation faisant référence à un être, une chose ou une abstraction, par ressemblance ou convention. (la colombe symbolise la paix) 2/ représentation traditionnelle d'une idée, d'une institution (le drapeau symbole de la patrie). 3/ une activité symbolique est productrice de significations et structurée comme un langage (Ricoeur, Cassirer). Elle permet à l'homme de s'orienter dans un monde permanent et structuré.

TECHNIQUE 1/ du grec technè, art au sens d'habileté ou de savoir-faire par lequel on peut obtenir volontairement un résultat déterminé. Son origine peut être l'expérience (marcher, se servir d'un outil) , des règles d'actions codifiées (arts martiaux), ou un savoir scientifique ( sciences physiques appliquées). 2/ elle se distingue de l'art au sens où le but de la technique est l'utilité et l'efficacité. L'art au contraire est désintéressé, sans utilité, il ne cherche pas à être efficace, il exprime une idée, une émotion par exemple. 3/ transformation de la nature par la maîtrise que l'homme a de la technique : elle est le moyen que l'homme utilise pour subvenir à ses besoins vitaux (se protéger des dangers de la nature, satisfaire ses besoins organiques - boire, manger, dormir)

TECHNOLOGIE : du grec technologia, "traité exposant les règles d'un art" - Ensemble des procédés techniques, savoirs, outils spécifique à un métier ou un champ d'activité (informatique...)

TRAVAIL : 1/ Activité socialement rentable qui visent la satisfaction des besoins : a) par la transformation de la nature - b) par la production de choses ou d'idées - c) par l'échange de bien, de service ou d'argent. 2/ activité qui est le résultat d'un conflit entre l'homme et le monde : en ce sens il est une malédiction, une condamnation pour l'être humain. (son étymologie, Tripalium, est signifiante ici : tripalium en latin est un outil pour immobiliser les animaux mais aussi un instrument de torture pour les esclaves. 3/ Effort, physique ou intellectuel, réalisé en vue de l'acquisition ou de l'apprentissage de quelque chose.

VALEUR DE VERITE. Caractère qu'un énoncé (lexis) a d'être vrai ou faux ; par extension, propriété qu'a une variable logique représentant une proposition d'être l'un ou l'autre. Dans un système formalisé, les expressions correctement formées ont une signification intelligible représentant soit l'énoncé d'une relation, soit celui d'une proposition qui peut être vraie ou fausse : cette dernière prend alors une valeur de vérité déterminée (logique binaire). Wittgenstein établira, ainsi, les Tables de vérité du calcul des propositions.

VERITE 1/ appliquée aux choses et à l'être, elle ne se confond pas pour autant avec la réalité : adéquation entre la chose et l'esprit, la vérité est une représentation  conforme au réel. Elle suppose des critères permettant d'établir son objectivité. 2/ la vérité est de l'ordre du discours (Aristote) : est vrai ce sur quoi je peux tenir un discours vrai. La vérité est prédicative, elle suppose qu'on formule par une proposition une idée (sujet, verbe, prédicat ou attribut, de la forme : "Socrate est mortel"). 3/ au sens philosophique, elle n'est ni un fait, ni une donnée, c'est la raison pour laquelle elle doit être recherchée. Une vérité philosophique n'est ni seulement subjective et relative (comme les goûts et les couleurs, les opinions ou les croyances), ni objective (comme une loi scientifique), mais doit être appropriée, intériorisée ou tout simplement pensée, réfléchie par celui qui s'y confronte ou qui la découvre.

VIVANT : 1/ Être déterminé doué de vie, par opposition aux êtres inertes et aux morts. 2/ Terme générique désignant l’ensemble des organismes, des phénomènes et propriétés caractéristiques de l’existence organique (le vivant). On peut établir alors quelles sont les lois ou constantes qui le déterminent.

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