le vivant


 VIVANT

1/ Être déterminé doué de vie, par opposition aux êtres inertes et aux morts.

2/ Terme générique désignant l’ensemble des organismes, des phénomènes et propriétés caractéristiques de l’existence organique (le vivant). On peut établir alors quelles sont les lois ou constantes qui le déterminent.



TEXTE 1


écorché
On définit exactement la vie, en disant que c'est le mouvement progressif, et circulaire des liqueurs, causé par la pression du cœur, et des artères, et le ressort des fibres*, lequel au moyen des sécrétions, et excrétions, conserve tout le corps dans son intégrité, le préserve de la corruption, et règle toutes les fonctions (...) La vie et la mort arrivent donc mécaniquement, et ne dépendent que de causes mécaniques, physiques et nécessaires. On voit par là combien étaient peu claires les idées que les anciens se faisaient de la vie, de la mort, et de leurs causes, quand ils disaient que la vie est l'action ou l'empire de l'âme sur le corps, ou la conjonction de ces deux substances ; et la mort la privation de la vie, l'extinction de la chaleur innée, la séparation de l'âme et du corps, le départ de l'âme, la force de l'âme et du principe de vie défaillante, et manquant aux fonctions du corps.

* Au XVIIIè siècle, on considère que le corps est composé de "fibres" (nerveuses, musculaire, etc...)

Friedrich HOFFMANN, Médecine raisonnée, 1751

TEXTE 2

En suivant ce système et cet ordre de causalité*, on voit bien plus évidemment le caractère d'une véritable instrumentalité ; puisqu'en effet c'est par cette cause efficiente, tendant par ce moyen, et avec cette méthode vraiment supérieure, visant, dis-je, vers telle ou telle fin, qu'est accepté, choisi même, et, qui plus est, qu'est mis tout spécialement en action tel ou tel instrument*; c'est-à-dire que c'est à l'aide d'une pareille cause qu'est généralement mis en mouvement, accéléré, ou même gouverné spécialement et dirigé tel ou tel moyen ou instrument possédant d'une manière particulière toutes les conditions convenables pour atteindre, ou faire parvenir à cette fin. (...)
Quiconque sait penser et raisonner sera facilement d'accord avec nous sur ce fait, qu'on doit entendre par ORGANISME ce caractère vraiment remarquable qui constitue la nature de toute raison, ou cause instrumentale*. (...)

Squelette
Nous préférons (...) faire voir jusqu'à quel point le mécanisme est subordonné à l'organisme*, et comment il peut néanmoins subsister par lui-même, sans jamais atteindre naturellement et directement au caractère distinctif de l'organisme.
Ainsi, pour que le mécanisme ait une raison formelle, il lui suffit de posséder en général les propriétés éminemment variable de grandeur, de figure, de site ou de position, de mouvement, ou une faculté réelle quelconque ; de sorte qu'on puisse dire d'une chose possédant de tels caractères ou modes, qu'elle est disposée mécaniquement*. Mais il faut que cette même chose n'ait aucun rapport avec un usage particulier immédiat, attendu que, en vertu de cet usage, elle pourrait subir une modification et prendre aussitôt le caractère d'instrument.

*en considérant l'organisme
*l'organisme se sert des organes en visant une fin
*le propre de l'organisme est de se servir de ses organes comme d'instruments
*il y a des phénomènes mécaniques dans le corps, mais ils obéissent aux lois de l'organisation, i.e. ne sont que des moyens en vue d'une fin
*l'organisme est un corps, et en tant que tel, il est nécessairement soumis aux lois de la mécanique. A l'époque de Stahl, la théorie mécaniste a une signification beaucoup plus étroite que par la suite : elle affirme qu'il n'y a rien dans le vivant que des phénomènes dynamiques et hydrauliques, à l'exclusion de touts les phénomènes d'autre nature, tels que les phénomènes chimiques ou électriques.

Georg Ernest STAHL, Différence entre mécanisme et organisme (XVIIè- XVIIIè siècles)




TEXTE 3
Qu'est-ce, en réalité, que l'adaptation? Rien d'autre, comme nous venons de le voir, qu'une liaison précise des éléments d'un système complexe entre eux et, de tout leur ensemble, avec le monde extérieur. Mais c'est, en somme, exactement la même chose que ce que l'on peut voir dans n'importe quel corps inanimé. Prenons un corps à formule chimique compliquée : ce corps ne peut rester sous cette forme que grâce à l'équilibre de ses atomes et de leurs groupements entre eux, et celui de l'ensemble de ces groupements avec le milieu ambiant. (...)

C'est l'analyse même de l'équilibre de ces systèmes qui constitue le problème principal et le but des recherches physiologiques par la méthode objective pure. Ce point prête difficilement à discussion. Malheureusement, il n'existe pas, jusqu'à présent, de terme scientifique pour désigner ce principe fondamental de l'équilibre intérieur et extérieur de l'organisme. Le terme d'adaptation, employé à cet effet, malgré le sens scientifique que Darwin lui a donné, continue trop souvent à porter le sceau du subjectivisme*, ce qui entraîne des malentendus de part et d'autre. Les partisans de la théorie physico-mécanique* de la vie voient, dans ce terme, une tendance antiscientifique, le passage de l'objectivisme pur à la spéculation* et à la théologie*. D'autre part, les biologistes à tendance philosophique interprètent tous les faits concernant l'adaptation comme la preuve de l'existence d'une force vitale ou, comme on dit aujourd'hui, spirituelle (le vitalisme se transformant en animisme*), force ayant un but, choisissant ses moyens, s'adaptant, etc...
*le terme "adaptation" semble désigner une activité de l'esprit, un choix délibéré
*la théorie du mécanisme
*de pures hypothèses métaphysiques sans fondement scientifique
*théorie (finaliste) selon laquelle la fin peut agir comme une cause du vivant
*théorie selon laquelle c'est l'esprit, ou l'âme, qui dirige les phénomènes vivants, lesquels sont donc déjà intelligents

Ivan PAVLOV, Le Réflexe conditionné (1912)
TEXTE 4

La sélection naturelle n'agit que par la conservation des modifications avantageuses ; chaque forme nouvelle, survenant dans une localité suffisamment peuplée, tend, par conséquent, à prendre la place de la forme primitive moins perfectionnée, ou d'autres formes moins favorisées avec lesquelles elle entre en concurrence, et elle finit par les exterminer. Ainsi, l'extinction et la sélection naturelle vont constamment de concert. (...)


Muséum d'histoire naturelle
Mais la lutte est presque toujours beaucoup plus acharnée entre les individus appartenant à la même espèce ; en effet, ils fréquentent les mêmes districts, recherchent la même nourriture, et sont exposés aux mêmes dangers. La lutte est presque aussi acharnée quand il s'agit de variétés de la même espèce, et la plupart du temps elle est courte ; si, par exemple, on sème ensemble plusieurs variétés de froment, et que l'on sème, l'année suivante, la graine mélangée provenant de la première récolte, les variétés qui conviennent le mieux au sol et au climat, et qui naturellement se trouvent être les plus fécondes, l'emportent sur les autres, produisent plus de graines, et, en conséquence, au bout de quelques années, supplantent toutes les autres variétés. (...)

La concurrence est généralement plus rigoureuse, comme nous l'avons déjà démontré par des exemples, entre les formes qui se ressemblent sous tous les rapports. En conséquence, les descendants modifiés et perfectionnés d'une espèce causent généralement l'extermination de la souche mère ; et si plusieurs formes nouvelles, provenant d'une même espèce, réussissent à se développer, ce sont les formes les plus voisines de cette espèce, c'est-à-dire les espèces du même genre, qui se trouvent être les plus exposées à la destruction.

Charles Darwin, De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, 1859.



TEXTE 5


montre
Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l'agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui, devant avoir quelque proportion avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvements se peuvent avoir, au lieu que les tuyaux ou ressorts qui causent les effets des corps naturels sont ordinairement trop petits pour être aperçus de nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. Car, par exemple, lorsqu'une montre marque les heures par le moyen des roues dont elle est faite, cela ne lui est pas moins naturel qu'il est à un arbre de produire ses fruits. C'est pourquoi, en même façon qu'un horloger, en voyant une montre qu'il n'a point faite, peut ordinairement juger, de quelques-unes de ses parties qu'il regarde, quelles sont toutes les autres qu'il ne voit pas : ainsi, en considérant les effets et les parties sensibles des corps naturels, j'ai tâché de connaître qu'elles doivent être celles de leurs parties qui sont insensibles.

René DESCARTES, Principes de la philosophie, 1644, IV, article 203



TEXTE 6

Dans un tel produit de la nature, chaque partie, de même qu'elle n'existe que par toutes les autres, est également pensée comme existant pour les autres et pour le tout, c'est-à-dire comme instrument (organe) ; mais cela ne suffit pas (car elle pourrait être aussi un instrument de l'art et n'être ainsi représentée comme possible qu'en tant que fin en général), et c'est pourquoi on la conçoit comme un organe produisant les autres parties (chacune produisant donc les autres et réciproquement), ne ressemblant à aucun instrument de l'art, mais seulement à ceux de la nature, qui fournit toute la matière nécessaire aux instruments (même à ceux de l'art) ; et ce n'est qu'alors et pour cette seule raison qu'un tel produit, en tant qu'être organisé et s'organisant lui-même, peut être appelé une fin naturelle.

rouages de montre
Dans une montre, une partie est l'instrument du mouvement des autres, mais un rouage n'est pas la cause efficiente* de la production d'un autre rouage ; une partie est certes là pour l'autre, mais elle n'est pas là par cette autre partie. C'est pour cette raison que la cause qui produit celles-ci et leur forme n'est pas contenue dans la nature (de cette matière), mais hors d'elle, dans un être qui, d'après des Idées, peut produire un tout possible par sa causalité. C'est la raison pour laquelle également, dans une montre, une rouage ne peut en produire un autre, pas plus qu'une montre ne peut produire d'autres montres, en utilisant (en organisant) pour cela d'autres matières ; c'est aussi la raison pour laquelle elle ne remplace pas non plus d'elle-même les parties qui lui ont été enlevées, ni ne compense leur défaut dans la première formation en faisant intervenir les autres parties, ni ne se répare elle-même lorsqu'elle est déréglée : or, tout cela, nous pouvons l'attendre en revanche de la nature organisée. Un être organisé n'est pas une simple machine, car celle-ci dispose exclusivement d'une force motrice ; mais l'être organisé possède en soi une force formatrice qu'il communique aux matériaux qui n'en disposent pas (il les organise), force motrice qui se transmet donc et qui n'est pas explicable par le simple pouvoir du mouvement (le mécanisme).
*c'est la cause qui agit directement pour produire son effet. Aristote (Physique, II), l'oppose à la cause finale (ce en vue de quoi quelque chose existe) ; la cause matérielle (la matière grâce à quoi la chose existe) ; la cause formelle (l'idée qui forme ou transforme la chose).

KANT, Critique de la faculté de juger, II, §65, 1790 









Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire