L'univers, le monde : Physique, Métaphysique et Astrophysique




sur ANAXIMANDRE (vers 610 – 545 av. J.-C.)




Pour Anaximandre, successeur de Thalès, l'élément ne peut être le principe, mais il dérive de ce principe – l'illimité ou l'infini- parce qu'il contient une infinité de réalités, de mondes possibles. Toutes les choses qui sont en sont l'expression. Tout vient de lui et tout doit y retourner.



SIMPLICIUS (commentateur d'Aristote de la fin du Viè siècle)





Gnomon
"De ceux qui disent que le principe est un, mû et illimité, Anaximandre, fils de Praxiadès, de Milet, successeur et disciple de Thalès, a dit que l'illimité est le principe et l'élément des choses qui sont, étant du reste le premier à user du terme de principe. Il dit qu'il n'est ni l'eau, ni rien d'autre de ce que l'on dit être des éléments, mais qu'il est une certaine autre nature illimitée dont sont engendrés tous les cieux et tous les mondes qui se trouvent en eux. Ce dont la génération procède pour les choses qui sont est aussi ce vers quoi elles retournent sous l'effet de la corruption, selon la nécessité ; car elles se rendent mutuellement justice et réparent leurs injustices selon l'ordre du temps, dit-il lui-même en termes poétiques. Il est évident qu'après avoir observé la transformation mutuelle des quatre éléments, il ne pouvait estimer qu'on pût assigner à l'un un rôle de substrat, mais qu'il fallait bien qu'il y eût quelque chose d'autre en plus de ces quatre éléments."



Commentaire sur la Physique d'Aristote, 24, 13.













sur DÉMOCRITE (vers 460-370 av. J.-C.)




Les atomes sont des idées comparables à des nombres. Bien que les abdéritains parlent de corps primordiaux ils pensent que les atomes, étant des être intelligibles, sont des idées.



PLUTARQUE (philosophe et historien grec du 1er siècle ap. J.-C.)





Portrait du philosophe Démocrite, © Dedden, DP
"Car qu'est-ce que dit Démocrite? Qu'il y a des substances en nombre infini qui s'appellent atomes, parce qu'elles ne se peuvent diviser, différentes toutefois, sans qualité quelconque, impassibles, qui se meuvent, dispersées çà et là, dans le vide infini ; et quand elles s'approchent les unes des autres, ou qu'elles s'assemblent et conjoignent, que de tels assemblements l'un apparaît eau, l'autre feu, l'autre arbre, l'autre homme, et que tout est atomes qu'il appelle aussi idées, et qu'il n'est rien autre : parce qu'il ne se peut faire génération de ce qui n'est pas, comme aussi ce qui est ne peut devenir rien : parce que les atomes sont si fermes, qu'ils ne peuvent ni se changer et altérer, ni souffrir. Par quoi il ne se peut faire couleur de ce qui est sans couleur, ni nature ou âme de ce qui est sans qualité et insensible."



Contre Colotès, 8, 1110 F.






ARISTOTE (384-322 av. J.-C.)




"Le présent traité, en effet, a pour but un savoir ; or personne ne croit savoir une chose avant d’avoir saisi le pourquoi de cette chose (c’est-à-dire saisi sa cause première) ; il est donc évident que c’est là ce que nous avons à faire nous-mêmes au sujet de la génération et de la corruption, ainsi que de tout changement naturel, afin que, connaissant les principes de ces changements, nous tâchions d’y ramener toutes nos recherches.

En un sens, on appelle cause ce dont une chose est faite et qui y demeure immanent : ainsi l’airain est cause de la statue, l’argent de la tasse et les choses plus générales que l’airain et l’argent sont causes aussi de la statue et de la tasse.


L’Aurige de Delphes, 475 av.J.-C.
En un second sens, on appelle cause la forme et le modèle, je veux dire la définition de la quiddité et aussi les choses plus générales qu’elle : ainsi le rapport de deux à un est la cause de l’octave et encore, d’une manière générale, le nombre et tout ce qui fait partie de la définition du rapport de deux à un.

En un autre sens encore, on appelle cause ce dont vient le premier commencement du changement ou de la mise au repos : ainsi l’auteur d’une décision est cause, de même le père est cause de l’enfant et, d’une manière générale, l’efficient est cause de ce qui est fait et ce qui fait changer de ce qui change.

En un dernier sens, on appelle cause la fin, je veux dire la chose qu’on a en vue : ainsi la santé est la cause de la promenade. En effet, pourquoi la promenade ? C’est, disons-nous, afin d’avoir la santé et, en parlant de cette manière, nous croyons avoir indiqué la cause. Et nous croyons avoir indiqué du même coup celle de toutes les choses qui, mises en mouvement par une autre chose encore, sont intermédiaires entre ce moteur et la fin, comme sont intermédiaires entre le moteur et la santé l’amaigrissement, la purgation, les remèdes, les instruments : [195a] car toutes ces choses sont en vue de la fin et ne diffèrent entre elles que parce que les unes sont des actions et les autres des instruments.



Physique, II, 3 (traduction Hamelin)








LA COSMOLOGIE D'ARISTOTE

La mythologie grecque propose une cosmogonie, un récit portant sur l'origine du monde tel celui qu'Homère rapporte dans l'Illiade. Océanos y est présenté comme le père de tout et de tous. Hésiode, quant à lui, dans la Théogonie, interprète différemment la création du monde et des dieux :

« au début naquit Chaos, puis Gè à la large étreinte, soutien éternel et inébranlable des immortels qui habitent l'Olympe ; et Eros, le plus beau des immortels, qui distille son doux désir aux dieux et aux hommes, qui dompte les cœurs et l'emporte sur tout conseil sage. »
Chaos engendra Erèbe (Ténèbres) et Nychta (la Nuit), qui à leur tour, donnèrent la vie à Aethra (l'Air) et à Héméra (le Jour). Gè enfanta Ouranos, le ciel étoilé, les Oré (les Montagnes) et Pontos (la Mer). Plus tard, elle devint l'épouse d'Ouranos et mit au monde les Titans, les Cyclopes et les Hécatochires.
Aristote est le premier philosophe grec (384-324 av. J .-C) à proposer une cosmologie et non pas une cosmogonie. Renonçant à la question de l'origine de l'ordre du monde il considère l'univers (ouranos) comme unique, fini, éternel, sphérique et globalement parfait. Il est constitué de sphères concentriques sur lesquelles sont fixés les corps célestes. Le centre commun à toutes ces sphères est le centre de la Terre. La Terre est immobile, au centre de l'univers. Le « premier ciel » est la dernière des sphères mues par le premier moteur immobile : il est nécessaire en effet que le mouvement ait une impulsion qui ne soit pas elle-même causée par autre chose qu'elle-même, qui impulse aux corps célestes leur mouvement. Dans la Physique d'Aristote ce premier moteur est principe sans cause, pensée de la pensée, le théion, le divin (Métaphysique, Livre Λ). La physique d'Aristote est donc fondée sur une théologie. Les planètes doivent leur mouvement à la fois au mouvement général du premier ciel mais aussi au mouvement des sphères sur lesquelles elles sont fixées. Chaque planète a un axe de rotation différent.

L'univers est donc scindé en deux régions : le monde sublunaire et le monde supralunaire.

Le monde sublunaire (sous la Lune) est constitué des quatre éléments que sont l'Eau, le Feu, la Terre et l'Air. Il est le lieu du changement perpétuel engendré par la combinaison de ses éléments. C'est une physique des mélanges (métaxu). La génération et la corruption sont la caractéristiques des êtres du monde sublunaires – être vivants, hommes : ils naissent, croissent et dépérissent. La nature (physis) est une totalité ordonnée, hiérarchisée, organisée et surtout finalisée : tout être vivant a sa raison d'être, à une cause finale qui le constitue, qui fait de lui UN être. La physique d'Aristote repose sur ce finalisme. Toute chose a une fin, un télos, un but au sens de raison d'être. Les êtres naturels ont donc une nature, une essence spécifique. On peut alors hiérarchiser les êtres selon le genre et l'espèce à laquelle ils appartiennent.
Le système géocentrique aristotélicien
Le monde supralunaire (au-dessus de la Lune) est le lieu des astres : ceux-ci sont constitués d'une cinquième substance : l'Ether (la quintessence des scolastiques). Ce monde ne connaît que le mouvement uniforme circulaire (figure de la perfection pour les Grecs), qui participe de l'essence divine.
Par conséquent, tous les changements, naturels ou non, sont enfermés dans un univers fini et éternel. Le mouvement est une double relation entre une action et une passion : il faut que quelque chose agisse et que quelque chose pâtisse. Aussi n'y a-t-il pas de vide dans l'univers (Physique, IV, 6 à 9). De plus, hors de l'univers il n'y a ni temps, ni vide, ni lieu. (Traité du Ciel, I, 9, 279a11). L'univers est un vivant avec des dimensions objectives absolues (le haut et le bas, l'avant et l'arrière, la droite et la gauche).

source
Aristote ne considère pourtant pas que son modèle géocentrique, qui est théorique, décrive une situation réellement existante. Il propose un modèle qui permette d'abord de rendre possible la réalité du mouvement : le mouvement existe, et cela a des implications cosmologiques, et non seulement des implications physiques. C'est que l'enjeu pour Aristote est moins d'ordre scientifique, physique ici, que métaphysique : il s'agit de lutter contre la thèse des philosophes éléates selon lesquels le mouvement, le changement n'existe pas. Aristote ne justifie pas toutefois cette thèse selon laquelle le cercle et la sphère peuvent suffire à expliquer la forme et les trajectoires des corps célestes. La perfection de l'univers repose sur celle du corps – qui connaît trois dimensions – et sur l'affirmation que la sphère est le plus parfait des corps.

 

 

 

 

  





EPICURE (341-270 av. J.-C.)




L’univers est composé de corps et de vide. L’existence des corps nous est garantie par-dessus tout par la sensation, car c’est sur elle que se règlent, comme je l’ai dit, toutes les conjectures que le raisonnement dirige vers l’invisible. Quant à l’espace, que nous appelons aussi le vide, l’étendue, l’essence intangible, s’il n’existait pas, les corps n’auraient ni siège où résider ni intervalle où se mouvoir, comme nous voyons qu’ils se meuvent. Hors de ces deux choses, on ne peut plus rien saisir d’existant, ni sensiblement ni par analogie au sensible ; rien d’existant à titre de substances complètes, car il n’est pas ici question de ce que nous appelons les attributs ou accidents de ces substances. Maintenant, parmi les corps, on doit distinguer les composés et ceux dont les composés sont faits : (41) ces derniers corps sont insécables et immuables - et il le faut bien pour que toutes choses ne se résolvent pas en non-être et pour qu’il y ait des réalités capables de subsister dans la dissolution des composés ; de plus, ces corps élémentaires sont essentiellement pleins, de sorte que la dissolution ne sait par où ni comment les prendre. Et, par là, les éléments des corps sont des substances insécables.

L’univers est infini. En effet, ce qui est fini a une extrémité. Or, une extrémité ne se perçoit que par rapport à quelque chose d’extérieur à ce dont elle est l’extrémité : mais l’univers ne peut pas être perçu par rapport à quelque chose d’extérieur à lui, puisqu’il est l’univers ; il n’a donc point d’extrémité et par conséquent point de limite et, n’ayant point de limite, il doit être infini et non pas fini. Ajoutons que l’univers est encore infini et quant au nombre de corps qu’il renferme, et quant à la grandeur du vide qui est en lui. (42) En effet, d’une part, si le vide était infini et si les corps étaient en nombre fini, les corps ne pourraient s’arrêter nulle part, mais ils se disperseraient emportés à travers l’infini du vide, puisqu’ils ne trouveraient jamais de support où s’appuyer, ni rien qui, par des chocs, pût les rassembler. Et, d’autre part, si le vide était fini et les corps en nombre infini, ceux-ci n’auraient pas de place assez ample pour y résider.


Lucrèce
Les corps insécables et pleins, dont sont formés et dans lesquels se résolvent les composés, présentent un nombre de formes différentes trop grand pour que nous puissions le saisir : car le nombre prodigieux des formes différentes offertes par les composés ne peut pas provenir d’un nombre concevable de formes élémentaires toujours les mêmes. De plus, chaque sorte de forme comporte un nombre infini d’exemplaires ; mais, envisagées quant à leurs différences, les formes ne sont pas en nombre absolument infini : elles dépassent seulement tout nombre concevable, (43) à moins qu’on ne s’avise de considérer les grandeurs des atomes comme pouvant aller à l’infini. Ajoutons que les atomes sont, depuis l’éternité, dans un mouvement perpétuel. Les uns dans leur mouvement laissent subsister entre eux de très grandes distances ; les autres, au contraire, gardent là même leur vibration, s’ils se trouvent pris dans un enchevêtrement ou enveloppés par des atomes enchevêtrés. (44) Et en effet, ce résultat provient d’abord du vide qui, au sein même des composés, isole en lui-même chacun des atomes, faisant ainsi que rien n’appuie sur chacun des atomes pour l’immobiliser ; puis, d’autre part, la solidité qui appartient aux atomes fait qu’ils rebondissent après le choc, autant du moins que leur enveloppement par le composé leur permet de reprendre, à la suite du choc, leur position primitive. Il n’y a pas de commencement à ces mouvements, parce que les atomes et le vide sont éternels.



Lettre à Hérodote, §40-44



EPICURE




Les phénomènes qui ont lieu près de nous et que nous pouvons observer apportent des indices sur ceux qui s’accomplissent dans le ciel, et qui peuvent se produire de plusieurs manières. (88) On doit néanmoins observer l’aspect de chacun des phénomènes célestes et l’expliquer d’après ce qui s’y rattache, et dont on connaît déjà plusieurs manières possibles d’expliquer la production sans être contredit par les faits constatés près de nous.

Un monde consiste en une enveloppe céleste entourant les astres, la terre et tous les phénomènes. Cette enveloppe découpée au sein de l’infini se termine en une zone rare ou dense, dont la dissolution amènera la ruine de tout ce qu’elle contient ; et elle est soit animée d’un mouvement circulaire, soit arrêtée dans le repos. La forme en est ronde, triangulaire ou quelconque. Tous ces cas sont également possibles en effet : car cela n’est contredit par aucun phénomène de notre monde, dans lequel on ne peut pas apercevoir d’extrémité.
l'Atome

(89) Il est aisé de comprendre qu’il y a une infinité de mondes tels que celui dont nous parlons, et qu’un monde de cette espèce peut se former soit au sein d’un monde, soit au sein d’un intermonde, mot qui nous sert à désigner un intervalle entre des mondes, cette formation d’un monde pouvant d’ailleurs avoir lieu même dans un espace en partie rempli, mais contenant beaucoup de vide, mais non pas, comme certains l’ont dit dans une vaste étendue de vide pur. La constitution d’un monde résulte de certains atomes appropriés qui ont afflué hors d’un monde ou d’un intermonde, ou bien hors de plusieurs mondes ou intermondes ; ces atomes, peu à peu, s’ajoutent les uns aux autres, s’organisent, vont même dans un autre lieu à l’occasion, reçoivent, jusqu’à l’achèvement du monde commencé, des courants d’atomes appropriés, et l’assemblage dure tant que ses fondements peuvent supporter les accroissements qui lui arrivent.



Lettre à Pythoclès, §88-89








LEIBNIZ (1646-1716)




31. Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes, celui de la contradiction, en vertu duquel nous jugeons faux ce qui en enveloppe, et vrai ce qui est oppose ou contradictoire au faux;

32. Et celui de la raison suffisante, en vertu duquel nous considérons qu'aucun fait ne saurait se trouver vrai ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement, quoique ces raisons le plus souvent ne puissent point nous être connues.

33. II y a aussi deux sortes de vérités, celles de raisonnement et celles de fait. Les vérités de raisonnement sont nécessaires et leur opposé impossible, et celles de fait sont contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l'analyse, la résolvant en idées et en vérités plus simples, jusqu'à ce qu'on vienne aux primitives.

34. C'est ainsi que chez les mathématiciens les théorèmes de spéculation et les canons de pratique sont réduits par l'analyse aux définitions, axiomes et demandes.

35. Et il y a enfin des idées simples dont on ne saurait donner la définition; il y a aussi des axiomes et demandes ou en un mot des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n'en ont point besoin aussi, et ce sont les énonciations identiques, dont l'opposé contient une contradiction expresse.

36. Mais la raison suffisante se doit aussi trouver dans les vérités contingentes ou de fait, c'est-à-dire dans la suite des choses répandues par l'univers des créatures, où la résolution en raisons particulières pourrait aller à un détail sans bornes, à cause de la variété immense des choses de la nature et de la division des corps à l'infini. Il y a une infinité de figures et de mouvements présents et passés qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture présente, et il y a une infinité de petites inclinations et dispositions de mon âme présentes et passées qui entrent dans la cause finale.

37. Et comme tout ce détail n'enveloppe que d'autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d'une analyse semblable pour en rendre raison, on n'en est pas plus avancé, et il faut que la raison suffisante ou dernière soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quelque infini qu'il pourrait être.

38. Et c'est ainsi que la dernière raison des choses doit être dans une substance nécessaire, dans laquelle le détail des changements ne soit qu'éminemment, comme dans la source, et c'est ce que nous appelons Dieu.

Monadologie, § 31-38 (1714)

Leibniz, comentaire de Badiou


















Nelson GOODMAN (1906-1998)





The Bucintoro, Venice
"Si je veux me renseigner sur le monde, vous pouvez proposer de me raconter comment il est selon un ou plusieurs cadres de référence ; mais si j'insiste pour que vous me racontiez comment est le monde indépendamment de tout cadre, que pourrez-vous dire alors? Quoi qu'on ait à décrire, on est limité par les manières de décrire. A proprement parler, notre univers consiste en ces manières plutôt qu'en un monde ou des mondes.







Van Gogh, La nuit étoilée

Les descriptions rivales du mouvement utilisent toutes plus ou moins les mêmes termes et se transforment canoniquement les unes dans les autres. Elles ne fournissent donc qu'un exemple mineur et assez décoloré de la diversité des manières de prendre le monde en compte. Beaucoup plus frappante est la grande variété des versions et visions que permettent les nombreuses sciences, les travaux des différents peintres et écrivains, nos perceptions qui en sont nourries autant que des circonstances, de nos propres intuitions, intérêts et expériences passées. Même dans les versions rejetées parce qu'illusoires, fausses ou douteuses, il subsiste et s'exhibe de nouvelles dimensions de la disparité. Ici les cadres de référence ne forment pas un ensemble net, nous ne disposons pas non plus de règles toutes prêtes pour transformer physique, biologie ou psychologie l'une en l'autre, ni d'aucune façon de transformer l'une en la vision de Van Gogh, ou la vision de Van Gogh en celle de Canaletto. De telles versions, qui sont des dépictions plutôt que des descriptions, n'ont au sens littéral aucune valeur de vérité, et ne peuvent être composées par la conjonction."




Manière de faire des mondes, chap.1, 2. (1978)

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